Entre les lignes: Camisole de paille, Adamou Idé.
Adamou Idé nous transporte en terre de Niger. Dans cette Afrique millénaire où les traditions ancestrales semblent une barrière contre l’avancée impitoyable et vorace du progrès. Mais l’espace, si immensément libre, enferme aussi parfois, le poids des traditions aussi. Fatou, jeune femme fière et amoureuse l’apprendra à ses dépens. Le jeune homme qu’elle aime n’est pas l’élu de sa famille. Il fuit, alors, vers l’espoir d’un nouveau monde, les promesses de richesse et de dignité… Fatou, superbe, reste libre, croit−elle, et lorsqu’elle peuple son attente des couleurs flamboyantes de sa liberté, dans une scène clé où elle danse, exprimant sa fierté d’être belle et femme, elle signe sa perte et son emprisonnement. Le commandant la voit, le commandant la veut. Le commandant, reflet d’un certain pouvoir, celui d’une civilisation colonisatrice, infantilisante et dominatrice. Fatou est perdue, mariée, violée au soir des noces par le mari triomphant.
S’ensuit l’épopée d’une femme qui fuit, à son tour, le joug et la honte, dont la danse suit désormais la ronde des opprimés, de ceux qui espèrent sans pouvoir forcément se sortir d’un système qui ne fait pas de cadeau, où les bons et les nobles ne sont pas toujours les meilleurs, où il est aussi parfois difficile de blâmer ce qui se laissent museler par les conventions.
La liberté est une force fragile, gardons−nous de ne jamais l’oublier. C’est, je crois, le propos de « Camisole de paille », l’écho à retenir du chant d’Adamou Idé.
Photo: Sylvie Darreau, tous droits réservés.
Anne DUPREZ
Camisole de paille, Adamou Idé, éditions La Cheminante. www.metaphorediffusion.frJean-Baptiste Rey
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