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Culture | Entre les Lignes: "A fond de cale", Dominique Delahaye. Editions In 8.

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Thomas Jedrzejeweski a un nom à coucher dehors et il dort en prison. C’est là que pour le lecteur s’entrouvre son histoire, précisément sur un ring, où les insultes s’échangent comme des coups, entre Rico et lui, le « petit Polack et ses guiboles de serin ». Thomas sort dans dix jours, l’attente est longue. Elle offre un va et vient entre un présent lourd de vide et un passé encore trop présent. Qui est Thomas ? Un gamin qui dérape presque comme on rigole avec un bon pote. Un vol de bécane, une effraction dans la maison et la vie de gens qui n’ont rien de commun avec lui, lui le ptit gars dont le père bat la mère, occasionnellement quand il a trop bu, et l’occasion revient souvent…

Les parents de Thomas sont bateliers. Le gamin grandit entre fil de l’eau et fil du rasoir, dans un monde à huis clos où les échappatoires prennent parfois un mauvais tournant. Pour lutter contre l’enfermement, Thomas se laisse aller aux rêves des voyous. Hélas, loin de libérer, l’ivresse de la transgression emprisonne un peu plus. La bateau, englué dans un présent triste à pleurer commence à sombrer, l’abîme n’est pas loin.Le combat ultime est celui qui scelle tout, un destin soudain tranché par une lame assassine. Mais n’est pas assassin qui veut...

Comme à chaque fois, la collection Polaroid nous offre un flash sur un morceau de vie. Une succession de baffes : celles que s’échangent les parents de Thomas, celle de celui qui doit survivre hors de la prison, quand la liberté étouffe les illusions ; et le combat, plus léger en apparence, de Thomas avec un brochet  de trois kilos qu’il sort de l’eau devant les yeux  fiers de son père. La fierté du père qui s’exprime en cadeau : un opinel à virole. Mais offrir un couteau coupe l’amitié dit-on, le bonheur, même petit, même léger, a aussi un revers dont la force ébranle, en un uppercut qu'on n'attendait pas.

A fond de cale, il fait sombre c'est sûr. Mais de la noirceur jaillissent ombres et faux semblants qui, se livrant comme on danse une série de combats, créent la fulgurance: celle d'images fortes contrastées de sentiments en demie teinte, entre amour et haine, entre amitié et trahison, entre ombre et lumière. Et alors qu'on croit voguer sur un flot calme où se dessine un horizon attendu, le rythme se casse et survient le flash d'une lumière nouvelle. Qu'on n'attendait pas: comme un uppercut. "A fond de cale" un "life movie" où au milieu coule une rivière, un roman bien trempé où se méfier de l'eau qui dort...

Anne Duprez
Anne Duprez

Crédit Photo : Editions In 8

Publié sur aqui.fr le 28/04/2014