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Société | Lampedusa, un paradis devenu enfer

Île de Lampedusa

Dans un contexte d’euroscepticisme, où le repli sur soi semble être privilégié, Guisi Nicolini, maire de Lampedusa, Rocco Femia, directeur de la publication Radici (revue d’actualité, culture et langue italienne) en partenariat avec l’association France Libertés 33, présidée par Jacqueline Madrelle, ont voulu centrer le débat sur la notion de flux migratoire en Europe, et tout particulièrement à Lampedusa qui depuis quelques années, connait une situation chaotique.

A ce jour, on chiffre à 19 603, le nombre de morts en méditerranée… mais comme l’a si bien fait remarquer Rocco Femia, « ce chiffre représente ce que l’on connait… n’oublions pas tous ceux que l’on n’a pas retrouvé. »  Malgré l’opération Mare Nostrum mise en place en octobre dernier par le conseil italien, permettant de surveiller en permanence les côtes siciliennes, « un véritable holocauste est là sous nos yeux dans la mer » lance avec émotion via Skype, Guisi Nicolini absente physiquement à la conférence à cause d’un nouveau naufrage qui a eu lieu le 12 mai dernier à 80 kilomètres des côtes libyennes et 160 kilomètres de l'île sicilienne qui a fait état de 36 morts et 42 disparus. « Ces personnes venant à Lampedusa sont des personnes qui demandent l’asile politique. Aujourd’hui, la majeure partie de ceux qui viennent ici pour engager ce voyage de l’espoir, viennent de Syrie» explique la maire de Lampedusa.

D’un côté les migrants qui cherchent à améliorer leur vie, et de l’autre ceux qui littéralement cherchent une vie car ils n’en ont pas. Guisi Nicolini tient à préciser que « ces gens qui viennent à Lampedusa, n’ont pas d’autres choix, autrement, ils n’auraient pas l’idée de quitter leur pays, car ils sont conscient que les bateaux sont pour la plupart destinés au naufrages. »

« Un voyage de l’espoir que l’on devrait appeler le voyage du désespoir »Pour madame le maire, les états européens  ont du mal à comprendre ce voyage que l’on appelle le « voyage de l’espoir,  mais qu’en réalité on devrait appeler le voyage du désespoir… ». Pour elle, des accords doivent être passés dans les plus brefs délais car « on ne peut pas arrêter cette catastrophe avec des politiques de fermeture,  on ne peut les arrêter avec des murs, qui par ailleurs en mer sont impossibles à ériger… ces personnes continueront  à monter sur ces bateaux même si ils connaissent le risque qu’ils encourent : c’est à dire la mort la plupart du temps. »

Guisi Nicolini jure qu’ « il y a des solutions !»« Il ne suffit pas de pleurer, des mesures précises doivent être prises, pour résoudre ce problème à la racine. Il y a des solutions… »

Selon la maire de Lampedusa, ces dernières années, « une partie des hommes politiques ont instrumentalisé ce problème, et l’autre partie n’a pas su contraster la propagande en expliquant bien la réalité des choses, et n’a pas su faire des propositions concrètes, qui puissent véritablement combattre la peur de l’autre, la peur de l’accueil. »

Rocco Femia, journaliste à Radici, n’a d’ailleurs pas oublié de remettre les choses dans leur contexte en rappelant que « les Italiens ont été le peuple qui a le plus immigré sur cette planète….» tout en concédant que « Ce qui est difficile à changer ce sont les mentalités. » Rocco Femia livre au passage que l’humaniste maire de Lampedusa aurait subi des pressions terribles par la mafia sicilienne.

Mais Guisi Nicolini ne se décourage pas pour autant, en continuant à certifier bec et ongles que des accords sur les demandes d’asiles peuvent être passés.  A propos de la critique qui est faite de l'impossibilité d’engager des négociations avec le pouvoir en Lybie, la maire de Lampedusa répond : « ces accords peuvent être fait dans les pays avec qui c’est possible de les faire, et arrêter les accords avec les dictateurs qui n’ont mené à rien. » Si des mesures sont mises en place pour récupérer ces personnes en mer, la grande difficulté reste l’accueil une fois sur la terre ferme… Guisi Nicolini estime que « les politiques migratoires mises en place aujourd’hui en Europe sont injustes vis-à-vis de ces personnes qui concrètement meurent dans notre méditerranée, mais aussi pour les italiens qui sont sur cette terre de frontière, et qui doivent porter seul ce grand poids (économique, matériel, mais aussi moral) qui arrive sur notre pays. »

Guisi Nicolini se recceuillant - Palazzo Chigi

Lampedusa : un paradis devenu un immense cimetièreLa maire de l’île durant la conférence, a tenté de rappeler, non sans mal,  l’essence originelle de sa commune : « Lampedusa, ainsi que les autres iles qui sont sur la méditerranée, sont des paradis, riches de beauté, qui ne méritent pas d’être excessivement militarisés et de devenir des grands cimetières… Ce sont des lieux qui devraient pouvoir accueillir des jeunes en quête de bonheur. »

En direct de la maison de l’Europe, Guisi Nicolini a conclu en portant un message d’espoir aux nombreux européens et européennes présents ce soir-là. « Le seul chemin à parcourir est celui du développement solidaire, et si les gouvernements ne le comprennent pas, j’espère que les citoyens européens pourront le comprendre, et qu’on puisse engager cette grande révolution qui changera nos vies. » 

Lucy Moreau
Lucy Moreau

Crédit Photo : Luca Siragusa

Publié sur aqui.fr le 19/05/2014