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Culture | Entre les Lignes: L'effacement, Pascale Dewambrechies. Editions Passiflore.

L'Effacement de Pascale Dewambrechies.

Voici un roman du désir. La lame de fond qui emporte, à cause de laquelle on perd pied. La lame acérée qui laisse une plaie ouverte et un cœur inassouvi, comme desséché. Gilda croit sa vie finie quand elle tombe dans les bras fous, dans les bras jeunes, de Luis. Nous sommes à Saint Mont (des Pyrénées), petit village où tout se sait. Nous sommes en 1952, une époque où tout ne se fait pas, ou lorsque le mal est fait, on ne se passe pas de le dire et de le montrer du doigt. Lorsque Luis part en Indochine, Gilda fuit. Elle est seule sans plus l’être jamais : avec elle, son chagrin, et une fille, Louise, née de son amour fulgurant.

L'effacement, Pascale Dewambrechies. Editions Passiflore.
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La vie est têtue. Elle cogne contre le rempart de l’abnégation de Gilda. Charles, revenu de la guerre, lui, offre à Gilda l’espoir d’une renaissance. Et Gilda fait comme si. Elle ouvre ses bras morts, elle sourit sans y croire et puis… elle sombre. Le désir, trop grand, a pris toute la place. Rien n’est plus possible, ni vivre, ni faire semblant.

Pascale Dewanbrechies signe ici son premier roman. Un roman qui dit beaucoup de la profondeur du cœur des femmes. Là où le secret prend toute la place, mais là où la fierté redresse le regard. Louise, l’enfant du désir de Gilda, marche sur les pas de femmes libérées. Comme si le poids de la douleur de sa mère lui avait appris la manière dont on rompt les chaînes, dont on se défait d’une entrave sans cette fois se laisser happer par la dérive.

On regrette seulement de ne pas en savoir plus sur cette Louise soudain conquérante, on regrette de ne pas la suivre plus loin dans son parcours, comme si, après Luis l’absent, Gilda prenait toute la place. Gilda s’efface pour que sa fille vive, portrait vivant de son amour déchu, mais preuve aussi que cet amour fut vrai et essentiel. On regrette que Louise s’efface alors que cette effacement était le désir de Gilda, mais en même temps, et c’est aussi ce que dit le roman, la vie est têtue et ne suit pas le cours qu’on aimerait lui voir adopter, calme et claire. La vie est faîte de désirs et de renoncements, de convictions et d’incertitudes. C’est ce que Pascal Dewanbrechies nous dit, et qu’elle nous dit si bien. Son écriture parle juste, sans pathos, avec au contraire une manière de transcrire avec finesse et passion le spectre infini des couleurs de l’absence.

Interview de Pascal Dewambrecjies par la Librairie Mollat

Anne Duprez
Anne Duprez

Crédit Photo : Editions Passiflore 2014

Publié sur aqui.fr le 07/07/2014