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Culture | Voltaire et Rousseau se disputent aux Chantiers de Blaye

Voltaire et Rousseau échangent au Fort de Cussac

C’était une comédie, mais elle se finit en tragédie, en deux tragédies plus exactement. La dispute, inéluctable, entre Voltaire et Rousseau, qui ont échangé durant cette nuit du 23 août mais ne se parleront plus jamais, parce qu’ils seront éternellement fâchés. Et l’absence de standing ovation à la fin de cette pièce de théâtre en un acte, jouée en plein air. Peut-être parce que les membres étaient trop frigorifiés malgré les couvertures distribuées, ou peut-être parce que tous n’ont pas compris la finesse des mots, de ce débat philosophique que nous offre son auteur, Jean-François Prévand.

Le mépris des Hommes.Ces deux-là ne s’entendent plus sur aucun sujet, ni sur la vie, ni sur la religion, ni sur le théâtre, ni sur la comédie. Bien sûr, on prête tous les torts à Rousseau (joué avec émotion et sentiment par Jean-Luc Moreau) qui n’aime plus rien, de ce qu’il a fait et de ce qui l’a fait, lui. Plus rien ne semble en effet lui convenir, trouver grâce à ses yeux, l’Homme surtout : il se dit amoureux de l’Humanité mais méprise les Hommes ; « Forcément », lui répond Voltaire (Jean-Paul Farré, plein d’humour et au jeu franc) en éternel ironique qui tente quand même de tolérer son collègue philosophe mais n’y parvient pas longtemps.
Voltaire, certes, est un peu prétentieux, il reprend Rousseau sur tous ces mots qui lui semblent modernes, tournent en dérision ses maux de cœur ; mais au fond, c’est Rousseau qui, grenouille de bénitier, ne connaîtra jamais le bonheur puisqu’il lui préfère l’espoir de l’atteindre.

Cela se serait passé ainsi.Au début, il s’agit simplement d’un acte : en 1765, chassé de Suisse, Rousseau vient rendre visite à Voltaire pour trouver avec lui quel est l’auteur du pamphlet anonyme qui le calomnie, l’accuse d’avoir abandonné ses cinq enfants à l’hôpital public. Un philosophe que plus personne ne supporte rencontre donc un comédien dont le monde entier sculpte l’image. Finalement, c’est simplement un homme amer qui veut culpabiliser celui qu’il considérerait comme un mentor ou en tout cas une source d'inspiration.
Non, vraiment, cette pièce, son auteur et ses acteurs méritaient des applaudissements plus nourris. Cette rencontre, cette rupture amicale et cette confrontation des idées et idéaux, était improbable, impossible, et Jean-François Prévand l’a réalisée, écrite et nous l’a faite vivre. Elle finit par devenir une évidence, on en est en fin certain : cela se serait passé ainsi.

 

Les Chantiers de Blaye se poursuivent, leur programmation.

Laura Jarry
Laura Jarry

Crédit Photo : Laura Jarry / Aqui.fr - Tous droits réservés

Publié sur aqui.fr le 24/08/2014