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Politique | L’opposition paloise perd son chef, David Habib

David Habib (à g.) aux côtés de Nathalie Larradet, André Duchateau et la sénatrice Frédérique Espagnac

La boucle est bouclée. A l’issue d’une réunion consacrée aux orientations budgétaires, le député socialiste David Habib a confirmé lundi soir sa décision de démissionner du conseil municipal. Le chef de file de l’opposition s’en est expliqué, sans heurts et avec un esprit d’ouverture apprécié par son ancien rival, François Bayrou. L’épilogue d’un feuilleton électoral qui aura été émaillé de bien des rebondissements.

Maire de Mourenx et puissant président de la communauté de communes de Lacq-Orthez, le parlementaire à qui tout semblait réussir était,  avant les municipales, à la tête de l’un des territoires les plus importants des Pyrénées-Atlantiques sur le plan économique. Cet élu pugnace et travailleur avait joué un rôle actif dans la reconversion industrielle du bassin de Lacq. Et il ne cachait pas son envie de faire à Pau,  dont deux quartiers relèvent de sa circonscription,  ce qu’il était parvenu à développer sur ce territoire.

Le piège paloisAu sein du PS, la pression des instances nationales avait  été  forte pour qu’il se présente face à François Bayrou. Même s’il avait accepté la tâche, David Habib devait cependant vite découvrir qu’il était tombé dans un traquenard. Il était en effet devenu le candidat d’un PS déchiré dans une ville dont la maire sortante, Martine Lignières-Cassou,  qui avait beaucoup de mal à communiquer, était la cible de bien des rancoeurs, et avait déjà désigné  son successeur : le premier adjoint André Duchateau. Un candidat avec lequel David Habib avait fini par faire équipe.

 Mais le message était brouillé dès le départ, le terrain instable, et la mission périlleuse. D’autant que, cette fois-ci, UMP et Modem faisaient cause commune.  Le ras-le-bol provoqué sur le plan national par la politique menée par le gouvernement avait fait le reste. François Bayrou, sorti de ses traversées du désert, avait été élu avec plus de 62% face à un député qui, lui, avait perdu  gros dans l’affaire. Car David Habib avait entretemps quitté ses mandats de maire de Mourenx et de président de la CCLO.

A l'extérieur, mais partenaireLundi, le débat a d’abord été budgétaire.  Décidés à restreindre les dépenses de fonctionnement de la ville pour maintenir un niveau d’investissement « soutenu » (40 millions d’euros), François Bayrou et son grand argentier, Jean-Louis Péres, ont d’abord longuement expliqué leur méthode . Tout en annonçant que  les impôts locaux continueraient à baisser (-0,2%)  en dépit de la forte réduction des aides apportées par l’Etat à la Ville. Celles-ci devraient être amputées de 7 à 8 millions d’euros sur trois ans.  Un argumentaire sur lequel David Habib a choisi de ne pas intervenir, sauf pour apporter quelques considérations à une discussion de politique générale.

Après trois heures de réunion, François Bayrou a finalement invité ce dernier  à prendre la parole. « Pour moi, être dans l’opposition me prive de la joie de bâtir, de réaliser. Et je ne souhaite pas être dans la fonction de celui qui va chercher dans un rapport le mot ou la phrase permettant de vous coller. J’ai donc décidé de ne pas rester au conseil municipal » a expliqué le parlementaire, qui va bientôt assurer une vice-présidence de l’Assemblée nationale.  Ce choix ne l’empêchera pas d’aider au développement d’une cité entrant pour partie dans sa circonscription. Par exemple sur le dossier de l’aéroport,  sur celui du grand stade, ou « sur tous les sujets qui permettront l’emploi et le développement économique. »

Cette main tendue a été assortie d’un compliment adressé au maire,  qu’il côtoie à des titres divers, depuis des années : « En neuf mois, vous vous êtes bonifié dans votre fonction. Je vous souhaite beaucoup de bonheur dans cette tâche ».

François Bayrou :

" Nous avons à construire ensemble "Olivier Dartigoles, élu PCF, a quelque peu renaclé en évoquant la noblesse de la fonction d'opposant. Mais l’intéressé a apprécié. « Il y a un temps pour lancer une pierre, et un temps pour la ramasser et construire » a commenté le maire, en citant l’Ecclésiaste. Et en revenant sur l’un de ses leitmotiv : « Dans l’époque où nous entrons, c’est une obligation morale que de cesser d’être obnubilé  par les affrontements partisans. Chacun choisit son style d’engagement. Il y a des gens de l’intérieur, et d’autres qui cherchent une autre forme d’action. Ma certitude est que nous avons à construire ensemble ». A l'issue de la séance, les deux hommes se sont serré la main.

Estelle Laymand devrait, si elle l’accepte,  succéder à David Habib. Si ce n’est pas le cas, la fonction reviendra au conseiller régional  Pierre Chéret.

Jean-Jacques Nicomette
Jean-Jacques Nicomette

Crédit Photo : Aqui

Publié sur aqui.fr le 18/11/2014