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Edito | Des Blouses blanches et ce Tiers Payant qui fait quand même question

Seraient-ils tous d'abominables conservateurs ces dizaines de milliers de représentants du monde médical, médecins, infirmiers, internes, cadres des cliniques privées, dentistes, qui manifestaient, ce 15 mars, dans les rues de Paris ? La gauche, pour une fois unie, qui s'arc-boute derrière Marisol Touraine en se disant qu' elle tient « sa » réforme de gauche, une des promesses de campagne de François Hollande, n'est pas loin de le penser. Quoi de plus populaire, à priori, qu'une réforme qui vous dispense grâce à ce fameux tiers payant de régler votre médecin en sortant de son cabinet ? A un moment de notre histoire collective où trop de citoyens renoncent à se soigner faute de pouvoir en payer le prix ou par crainte de ne pas pouvoir faire face, la réponse semble imparable... Enfin une manière de justice, sinon d'égalité. Mais est-ce si simple ? Faut-il tomber dans le panneau du discours connu aux relents populistes : ils gagnent trop d'argent ; pensez-donc 23 euros pour dix minutes de consultation? Ou s'interroger sérieusement sur la politique de santé de ce pays qui a la prétention d'avoir le meilleur système de santé mais vient, quand même, d'enregistrer une hécatombe liée à l'épidémie de grippe...

Un pays toujours en retard pour mettre en œuvre une politique de prévention digne de ce nom et qui, aujourd'hui, dans un contexte électoral difficile, annonce 50 mesures pour la ruralité parmi lesquelles des aides pour installer de jeunes médecins dans les campagnes...Comme si les collectivités, les communes, les intercommunalités, n'avaient pas déjà commencé à apporter des réponses face à l'urgence de la « désertification médicale » ?.. Mais il est vrai que si des jeunes sont vraiment incités, financièrement à ouvrir ou reprendre un cabinet, ce peut être un levier supplémentaire.

La crainte des médecins libéraux ne réside pas, il s'en faut de beaucoup, dans la seule crainte de n'être payés qu'avec retard par l'assurance maladie. Elle repose, déjà, pour nombre de médecins sur l'expérience d'une relation de plus en plus tatillonne avec l'administration qui suit à la trace le médecin qui, parce qu'il a constitué au fil du temps une clientèle fidèle, produit nécessairement un nombre d'actes qui le rendent suspect. Il ne fait pas toujours bon gagner beaucoup d'argent dans ce métier. Et si des excès existent, en particulier, pour une médecine non conventionnée, ils ne sont pas la règle; il n'est pas sûr que faire du médecin une manière de salarié, au service d'une politique publique, soit la meilleur garantie d'efficacité.

Quant au débat entre l'hôpital ou la clinique, fortement réactivé à la faveur du projet Touraine, il n'est pas des plus opportuns. Et, il n'est pas sûr, non plus, que ce soit en serrant la vis aux cliniques que l'on redonne à l'hôpital les moyens de faire face aux sollicitations, chaque jour grandissantes, dont il est l'objet ..Ou l'on se dit que plus que jamais notre système de santé a besoin de médecins généralistes de grande qualité, de l'instauration d'un vrai parcours de santé qui permette notamment, en médecine ambulatoire, le traitement des maladies chroniques qui encombrent si souvent les urgences de l'hôpital, d'une responsabilisation de l'ensemble des professionnels. Est-il trop tard pour la mettre en oeuvre?

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 15/03/2015