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Société | Vers des territoires coopératifs, sociaux et solidaires

Anne et Patrick Beauvillard

Etudier des exemples de projets réussis en économie sociale et solidaire à travers leur aspect implicite découlant d’une démarche souvent inconsciente des porteurs-même de projet : telle est l’ambition de l’Institut des Territoires Coopératifs, un nouveau centre de recherche monté par deux entrepreneurs aquitains désireux de favoriser la collaboration entre les territoires en remettant l’humain au coeur de l’économie.

Patrick et Anne Beauvillard, Parisiens de naissance et Aquitains d’adoption, sont à l’origine de ce projet ambitieux. Lui, 54 ans, ancien technicien en micro-électronique, elle, 63 ans, ex-entrepreneur dans le négoce de gros, c’est en 2003 que tous les deux s’installent dans le Lot-et-Garonne, en reprennant une ferme familiale à Tombeboeuf et fondent alors Inovane, une société spécialisée dans l’accompagnement des entreprises dans leurs projets de mutation. Inovane se révèlera vite comme les prémisses du futur Institut des Territoires Coopératifs. 

Remettre l’humain au coeur de l’économie"A travers les différentes missions d’Inovane nous avons voulu remettre l’individu au centre des priorités des entreprises et de leurs projets", explique Anne Beauvillard. "Car si on veut amener des transformations dans l’entreprise on doit partir de celui qui doit les mener, c’est-à-dire de l’être humain, ajoute Patrick. Le succès d’un tel projet pour l’entreprise est conditionné par la capacité à amener les employés à se l’approprier". "Car si l’on néglige les individus qui sont censés mener ces projets, on est souvent confrontés à leur méfiance, colère ou leurs réticences", analyse le co-fondateur de l’Institut.

"Partir de ce qui marche"C’est en respectant ce principe qu’Inovane a notamment accompagné la filière Fruits et Légumes en Aquitaine dans la fusion de ses centres expérimentaux entre 2005 et 2014. "Comme pour tout projet que l’on suit, on s’est gardé de venir avec des solutions toutes faites, précise Anne Beauvillard. Nous ne sommes ni agriculteurs ni producteurs. L’objectif était d’amener les acteurs qu’on rencontrait à imaginer eux-mêmes des solutions en s’appuyant simplement sur leurs points forts, explique-t-elle. Au lieu de parler de leurs problèmes, on a invité les agriculteurs à nous raconter leur réussite, ce qui marchait. De manière à ce qu’ils puissent voir ce dont ils ont été capables par le passé et les forces sur lesquelles ils pourraient s’appuyer aujourd'hui". "Il faut toujours partir de ce qui fonctionne, ajoute Patrick. C’est comme ça que l’on peut redonner confiance aux gens afin qu’ils puissent se dire qu’ils sont quand même super forts".         

Vers une idée de territoires plus coopératifsAvec les retours d'expériences au sein d’Inovane, enrichis d’une vision plus globale des questions de territoire, notamment à travers le mandat de Patrick en tant que conseiller régional d’Aquitaine de 2010 à 2015, le couple décide de viser plus haut. Patrick et Anne imaginent alors une structure qui pourrait promouvoir cette nouvelle philosophie entrepreneuriale à travers l’étude d’initiatives dans l’économie sociale et solidaire dont pourraient s’inspirer et que pourraient reproduire des territoires entiers. L’institut des territoires coopératifs (ITC) était né. 

"Ce n’est pas une société de service, prévient Anne Beauvillard. Il s’agit d’un centre de recherche-action dont la mission est d’observer, analyser et diffuser de nouvelles manières de coopérer des entrepreneurs sociaux, permettant dans un deuxième temps à des territoires de s’en inspirer en replaçant l’être humain au coeur de ces projets".

Comprendre la réussite à travers l’impliciteAfin de mettre définitivement sur pied l'idée de l'Institut, ses deux co-fondateurs ont lancé le 20 décembre dernier une campagne de financement participatif destinée à récolter 17500 euros pour les 6 premiers mois de fonctionnement de l’ITC. Une somme qui servira principalement à financer les travaux de l’Observatoire de l’"implicite", le pilier de cette nouvelle structure.

"Lorsqu’on analyse la réussite d’une initiative ou d’un projet, on a tendance à oublier ce qui n’est pas apparent et évident, c’est-à-dire l’implicite", explique Patrick Beauvillard. Dans toute initiative qui fonctionne on identifie seulement ce qui est connu et qui marche. C’est la partie émergée de l’iceberg. Mais il y a toute une partie qu’on ne connaît pas, des actions et comportements qui ont amené la réussite du projet dont les acteurs n’ont peut-être même pas conscience. D’où l’importance de l’identifier et l’étudier". L’étude de cette part invisible des initiatives devrait permettre d’établir par la suite des méthodologies pouvant être intégrées dans des outils à la portée de chacun.

Un mois d’itinérancePour donner de la matière à cet Observatoire de l’implicite, le couple ira en mars à la rencontre d’une dizaine d’initiatives innovantes dans l’économie sociale et solidaire situées sur un trajet de 300 à 400 km dans l’axe Valence – Montpellier. Seront concernés notamment des projets de monnaie locale, des espaces de travail partagé, de jardins partagés, ainsi que des expériences éducatives et dans le domaine de l’énergie. Avec plus de 7000 euros récoltés, Anne et Patrick Beauvillard comptent bien sur un élan de solidarité, dans cette dernière ligne droite, avant de clôturer la campagne le 9 février. En fonction de leur générosité, les contributeurs pourront non seulement avoir accès aux travaux de l’Observatoire mais même prendre part durant quelques jours à la marche itinérante.

Lien pour la campagne de financement participatif : https://www.arizuka.com/fr/projects/l-observatoire-de-l-implicite   

Piotr Czarzasty
Piotr Czarzasty

Crédit Photo : AP B

Publié sur aqui.fr le 03/02/2016