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Saveur | Les petites merveilles d'Aqui ! - Alice à la foire au Jambon de Bayonne

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Miracle, j’ai réussi à motiver François pour aller à la Foire au Jambon, à Bayonne. Pour les enfants, pas besoin de les pousser. Plusieurs jours de négociations. Permis fraîchement passé. Ils y vont de leur côté. Bon, mais c’est moi qui conduis. OK, mais au retour. Pas de soucis, moi, je ne bois pas. Génération Sam. Le message semble être bien passé. Mais de toutes les façons, la Foire au Jambon, c’est pas les fêtes de Bayonne. Hein ?! Quoi que… à voir la motivation, on pourrait se poser des questions. Bon, le mieux : voir sur place, et par nous-mêmes.

Enfin ! Après de longs mois de léthargie et de sidération, mon petit bolide rouge pas chic mais pratique, reprend du service. Pour un peu, elle en scintillerait de joie. Depuis combien de temps déjà ? Pas d’escapade ? Pas d’envie ? Plutôt compliqué de parler de ce qui pourrait passer pour des futilités. Les sombres journées de l’automne, annonciatrices de moments difficiles à venir… ça laisse des traces. Alors ?! Réagissons ! Comme à Paris, retournons aux terrasses des cafés. C’est exactement l’appel que semble nous lancer la Foire au Jambon !

On nous avait prédit un dimanche froid et gris… Et le ciel déborde de bleu et de lumière ! La route file, toute seule. Au fond, les Pyrénées, s’amusent des nuages hauts perchés, comme pour nous narguer. Eh oui, il nous reste encore un peu de neige. Si cela vous tente !

Sûr que c’est tentant ! mais aujourd’hui ce sera Bayonne et ses petites rues du centre-ville, la Nive, l’Adour et ses Halles si charmantes ! Parking facile au bord de l’eau, avec ses bateaux de plaisance sortant de l’hiver en douceur. A peine si quelques voitures plus ou moins bien garées signalent quelque chose d’inhabituel. Quelques pas et nous voilà au cœur de la fête. Un léger flot de personnes semble, comme nous, attiré comme par un aimant. D’abord, quelques notes de banda. Reprise des classiques « Capitaine flamme, tu n’es pas… ». Les bras dansent. Le soleil est déjà chaud ! Pas de tenue de festayres, les T-shirts légers côtoient les doudounes. A chacun son interprétation du printemps. Mais, cette fois, ce sont les maisons du vieux Bayonne qui ont enfilé leurs habits des fêtes. Entre les colombages, rouges, verts ou bleus, des messages nous interpellent. Alexandre se régalerait : « S’il te plait, dessine-moi un Jambon » ou encore «Le XXIème siècle sera charcutier ou ne sera pas… N’a jamais dit André Malraux ». Un peu plus loin, toutes les vieilles maisons du Petit Bayonne affichent jeux de mots et maximes revisitées. Les nombreux amateurs de jambon, amassés aux rambardes de la rive gauche de la Nive semblent apprécier. Le nez au vent, comme dans une grande rêverie, en fait, ils lisent un à un les mots dessinés entre les volets colorés. My Name is Bon. Jean Bon. J’ai envie de toi, Henriette. Mais oui, ça y est j’ai compris. Il faut parfois un peu de temps pour décrypter les messages.

Régal des yeux, délice des neurones, éveil des papilles… cette Foire au Jambon rappelle si bien que « dans le cochon tout est bon » ! Me revient alors de façon tenace, cette chanson que les enfants, tous petits, avaient « inventée ». Comme la Nive et l’Adour se rejoignent à Bayonne, ils avaient relié rugby et Jambon… à Bayonne : « Allez-y coupez, coupez, le Jambon de Bayonne, Allez-y coupez, coupez le Jambon Bayonnais ». Pas mal pour une pub… Et facile à retenir !

Un peu plus loin, face aux Halles, vivantes, joyeuses et débordant de monde, un stand de Taloa me tend les bras. Ici, les artisans sont de la fête. Pas d’impératif de rentabiliser leur place. Ils sont là, tout simplement, comme au marché du village. On est loin d’autres événements où les échoppes proposent de tout, et n’importe quoi. Là, c’est un éleveur de brebis qui présente son fromage tout droit descendu de la vallée de Baretous. Ici un apiculteur proposant miels et variations de confitures aux cerises d’Itxassou agrémentées de piment d’Espelette, de chocolat… Ah super, je vais pouvoir renouveler mon stock de piment. J’en mets partout. Et, tout du long de la Nive, des cornets remplis de délicieuses chiffonnades de Jambon de Bayonne, de rondelles de saucissons divins… nous tendent les bras. Avec la nouvelle heure, les estomacs sont un peu perdus.

« Comment ça qu’est-ce qu’on fait ? On se balade, on mange un Taloa au Txistorra… Ah, vous voulez qu’on se retrouve en terrasse pour manger ? ». Mort de rire François l’avait parié. OK rendez-vous comme autrefois, à l’entrée de la rue Pannecau. Tablées de fêtes, nappes à carreaux rouge et blanc, vintage ou simple tradition. Allez, on s’installe. Le soleil ne perce pas encore sous les arcades de pierre de taille. Il fait un peu frais. Peu importe. Un groupe de deux musiciens s’installe. Passants et convives reprennent avec eux. De Boby Lapointe aux Bee Gees, des balades basques aux chants espagnols, le plaisir de chanter avec eux nous réchauffe. Au menu, Jambon, bien sûr, mais aussi rôti de jambon à la basquaise, brandade de morue, œufs brouillés basquaise au jambon… A chaque plat, Victor et Sylvère partagent et échangent leurs assiettes, histoire de goûter. Comme deux frères. Aurore et Lisa partent d’un fou rire… Ma doudoune rose aura fait le tour de toutes les épaules. Dire que trois mètres plus loin les rayons du généreux soleil de mars dansent avec les clapotis de la Nive. Sur les pavés, au bord de l’eau, d’autres finissent leur sandwich… au Jambon, bien-sûr !

Petit café ? Les musiciens rangent leur matériel. Presque trop tôt. Un quart d’heure avant, un couple d’une soixantaine d’années chantait avec eux. Près d’une dizaine de jeunes de 20 ans les rejoignent et dansent à leurs côtés. Ils ne se connaissaient pas et puis… le charme de ces moments partagés.

Oh là ! C’est bientôt l’heure du match. Un dernier petit tour avant de rentrer. Les enfants sont repartis de leur côté. Partout sur les terrasses ensoleillées, des rires, des discussions. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas bavardé… Nous nous frayons un chemin pour entrer dans le grand chapiteau. Là encore, tous les producteurs, bardés de prix du concours général du Salon (de l’Agriculture) rivalisent de propositions à faire saliver même après un digestif. Il faut dire que c’est si bien présenté… On repart avec de jolis sacs remplis de saucissons, ventrêche et quarts de jambon. A la sortie, nous croisons un regard bleu et rieur. Vous connaissez le livre ? le co-auteur des Cochonneries en tous genres, d’où ont été extraites les petites phrases placardées sur les murs des vieilles bâtisses, est là. On discute. « Permettez que je me serve de cette phrase pour la dédicace ? » Avec application il dédie son livre à Alexandre… Eh oui, le gras c’est la vie !

Comme ces moments simples où l’on se retrouve, pour un instant, une heure ou deux… toutes générations mélangées, autour d’une table, sans chichis, à parler du Jambon de Bayonne et de sa jolie foire.

Alice
Alice

Crédit Photo : Alice

Publié sur aqui.fr le 04/04/2016