Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Métropole | Les Bruits de la Rue parlent à Julien Damon

Julien Damon Bruits de la Rue

Nouvel invité pour les Bruits de la Rue. Dans le cadre feutré du théâtre des Salinières, l'association bordelaise, éprise de lutte contre la pauvreté et d'innovation sociale, a tenu ce mardi 5 juillet une nouvelle conférence-débat. Au programme, le sociologue Julien Damon, et une intervention piquante, quoique migraineuse, sur la mendicité des enfants. La question n'est pas simple ; les réponses non plus. Le chercheur s'est malgré tout livré à l'exercice, avec le soutien d'un public attaché à élever le débat.

 Docteur en sociologie, professeur à Sciences Po, Président de l'Observatoire de la pauvreté et de l'exclusion sociale, Julien Damon n'a jamais eu peur d'orienter son travail vers les plus vulnérables. Ni de poser, parfois, les questions qui fâchent. Après, entre autres, une thèse sur les Sans Domicile Fixe et de nombreuses missions auprès de la Sncf ou du ministère du Logement, il tourne son regard vers les enfants en situation de mendicité. Son « dada », annonce-t-il sur un ton volontairement provocateur.

 La mendicité des enfants est multiple, et pas toujours facile à identifier. Elle peut être active ou passive, s'accompagner de maltraitance ou prendre des formes moins sévères. Une seule chose est sûre  : elle augmente. Le constat est d'autant plus dérangeant que tout le monde, explique Julien Damon, croyait avoir fait le nécessaire : « Nous sommes aujourd'hui témoins du retour d'un problème que nous pensions avoir éradiqué. La France consacre un tiers de son PIB aux dépenses sociales. Il y a chez nous l'idée qu'avec un tel « effort social », cela ne devrait pas être possible»

 Quelle réaction, alors ? Pour le sociologue, les actions sont insuffisantes. Il diagnostique une lenteur des autorités compétentes, souvent débordées, dépourvues de moyens ou tout simplement réticentes à intervenir. L'insupportable de cette inertie le pousse à avancer 4 propositions qui n'ont, il le rappelle avec insistance, « surtout pas valeur de vérité générale ».

 Ses suggestions, de la création d'une application permettant aux témoins d'informer les services, à l'élaboration d'une action européenne commune en la matière, agitent en tout cas ses auditeurs. Comment, en effet, concilier des politiques d'aide (et donc des dépenses) différentes dans un espace sans frontières ? Comment franchir la limite entre simple passant et témoin actif sans pour autant se sentir déplacé, voire délateur ? Dans la salle, les interventions s'enchaînent. Culpabilité toute personnelle de parfois détourner les yeux, désobéissance civile, partage de la misère à l'heure de l'espace Schengen ; c'est un débat de fond qui naît en quelques minutes. Pour les organisateurs, l'objectif semble atteint.

Joséphine Duteuil
Joséphine Duteuil

Crédit Photo : Joséphine Duteuil

Publié sur aqui.fr le 08/07/2016