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Culture | Occitan et Nouvelle-Aquitaine : l'Amassada prend ses marques

Amassada juillet 2016

Vendredi 8 juillet, 10h30. La plénière annuelle de l'Amassada s'ouvre à Bordeaux sous les projecteurs du Théâtre Molière. Professionnels, institutions et acteurs associatifs sont réunis pour échanger sur la défense de la langue et de la culture occitane. L'occasion d'annoncer et d'expliquer les nouvelles stratégies, à l'heure de la fusion de la Nouvelle-Aquitaine. D'entendre les craintes du public, aussi.

Au micro, français et occitan s'alternent, parfois proches à s'en confondre. Si quelques personnes s'appuient sur un audioguide, la majorité des présents semble naviguer entre les deux avec aisance. Créée à l'initiative de la Région Aquitaine et forte de 85 membres, l'Amassada (« Assemblée générale » en occitan) œuvre au fil des séances en commissions et des assemblées plénières au développement de la langue occitane en Aquitaine.

 Elle se réunit aujourd'hui dans un contexte bouleversé. L'entrée en fonction d'une nouvelle équipe 6 mois plus tôt et la création, fin 2015, d'un Office Public de la langue occitane s'ajoutent à un chantier bien plus vaste : la fusion des régions au sein de la Nouvelle-Aquitaine. L'arrivée du Limousin et du Poitou-Charentes au sein de la plus grande région de France implique de repenser l'ensemble du réseau – et d'intégrer des cousins occitans jusque-là éloignés.

Organiser et écouter

Rationalisation, coopération, réécriture des schémas : les mots sont techniques. « Il nous faut gagner en cohérence même si les réalités sont différentes » résume Charline Claveau-Abadie dans un langage efficace. Dans cette période charnière, les organisateurs souhaitent créer du lien ; avec leurs collaborateurs proches (professeurs de langue, traducteurs, acteurs associatifs) comme avec d'autres acteurs plus éloignés ( professionnels du tourisme, agents du social, enseignants, comédiens).

 Des partenariats sont tissés ; avec la région Occitanie par exemple, représentée à la plénière et qui réaffirme, dans les mots de son représentant, que la région, consciente de la « très grande responsabilité » que son nom lui confère, est déterminée à « ne pas oublier les autres régions occitanes ». A l'intérieur de la grande Région, de nouveaux échanges sont établis dans ce qui se veut une co-construction inclusive.

 Les « attentes et les doutes » mentionnés par Charline Claveau-Abadie en début de réunion s'expriment également, notamment par la voix de représentants du Limousin inquiets d'être tenus à l'écart. D'autres s'élèvent contre les inégalités dont souffrent certains des 22 départements, moins dotés ou en manque de structures.

 « Faire vivre la langue » avant tout

 L'Office en fait sa priorité, notamment en promettant un maillage étroit d'aides aux associations, et des classes bilingues les plus complètes possibles. Au-delà des commissions, des échelons territoriaux et de la rationalisation du travail, l'objectif profond est simple : « Faire vivre la langue, le plus possible, et l'apprendre au plus de monde possible ».

 Le désir de protéger ce patrimoine immatériel est vif. Avec l'occitan, le basque et le poitevin saintongeais, la Nouvelle Aquitaine abrite pas moins de trois langues régionales. Et tient à leur sauvegarde. La volonté, exprimée par Charline Claveau-Abadie de « jeter des ponts entre les trois langues » fait écho à une conscience partagée par les membres de l'Amassada et les autres défenseurs des langues régionales : la langue, c'est le lien. Et ce lien ne survit que si la langue est parlée.

 L'enquête sociolinguistique menée par l'Amassada en 2008 révéle que l'occitan compte, sur certains territoires, près de 25% de locuteurs. Parmi les non locuteurs, 75% des interrogés sont favorables à l'enseignement de l'occitan, mais 50% seulement se déclarent personnellement intéressés par cet apprentissage. Faire grandir ce chiffre, sur l'ensemble des 22 départements concernés par l'Office, serait pour l'Amassada la plus belle des victoires. Non seulement pour la langue, mais aussi pour la civilisation qu'elle révèle.

 

Joséphine Duteuil
Joséphine Duteuil

Crédit Photo : Joséphine Duteuil

Publié sur aqui.fr le 14/07/2016