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Métropole | Deux touristes et un roman

Anne-Marie et Dominique

Ce n'est pas la première fois qu'ils viennent ici. Immobiles au milieu des joggeurs, Anne-Marie et Dominique retrouvent les quais de Bordeaux. A quelques mètres d'eux, le miroir d'eau s'inonde au milieu des cris d'enfants. Debout près de la balustrade, ils regardent les nuages passer sur la Garonne. Et le plan de la ville qu'Anne-Marie tient serré dans sa main. Après deux semaines passées avec leurs petits-enfants, ils se rejoignent ici pour quelques jours chez une amie d'Anne-Marie. L'occasion de remplir une mission un peu particulière.

Quatre visiteurs, dont deux fictifs

Les deux retraités ne sont pas des touristes comme les autres. A la question « travail ou loisir ? », ils répondraient sans doute « un peu des deux ». «  J'écris un roman » explique Dominique. Ancien éditeur, il s'éloigne d'une vie passée à aider les autres à trouver leur voix, pour écrire, enfin, son propre livre. Son « histoire d'amour du troisième âge », rédigée chez lui dans une banlieue de l'ouest parisien, passe par les marches du Grand Théâtre.

Angela et Gustave, ses deux personnages, apprennent à se connaître à Bordeaux, entre les ruelles de Saint-Pierre et l'Opéra. Si lui tombe immédiatement amoureux, le cœur d'Angela, vigneronne girondine parfois submergée par son travail, se révélera plus lentement. « Leurs déambulations me font décrire les lieux », raconte-t-il. « Ils se découvrent l'un-l'autre à travers la visite ». L'affection d'Angela pour Bordeaux, écho à celle de Dominique, dont le père a toujours décrit la ville comme un lieu mythique, habite les pages du roman.

Son arrivée sur place lui permet d'enquêter. Épaulé par Anne-Marie, il retrace méthodiquement le trajet des personnages avant de terminer son récit. « Je cherche à vérifier la cohérence de leur visite, Je veux surtout voir si ces déplacements sont faisables à pied ». Il acquiesce quand Anne-Marie souligne, avec un sourire, que c'est là surtout un prétexte pour se promener. « C'est bien connu, la fiction aide à découvrir le réel »  reprend-il. « Grâce au roman, on apprend plus de ces endroits » Lui qui, autrefois, ne passait à Bordeaux qu'en coup de vent, peut enfin prendre le temps d'en saisir l'atmosphère.

 Un peu d'enquête, beaucoup de marche

Ces deux jours s'annoncent comme une longue flânerie, mais elle est soigneusement organisée. « J'ai un itinéraire précis à valider » appuie Dominique. De la place des Grands Hommes vers le Grand Théâtre, d'abord. Puis au Jardin public, aux Chartrons, chez Mollat . Le deuxième jour sera consacré à la cathédrale Saint-André et aux quais. Chez l'un comme chez l'autre, le souci du détail est présent : « Anne-Marie m'a fait remarquer par exemple que certains lieux pourraient être mieux choisis. Le premier jour, Angela cherche une robe pour aller à l'Opéra. J'avais pensé à la rue Sainte-Catherine, mais Anne-Marie a trouvé que c'était trop commun. Je n'ai pas besoin d'un magasin luxueux, mais il me faut quelque chose qui ait de la gueule quand même... ».

Le shopping reste fictif, mais le plaisir est là. L'un comme l'autre trouvent à Bordeaux une douceur calme, dont la beauté les touche. Anne-Marie, dont la fille vit depuis plusieurs années à Mérignac, apprécie le fait que le silence de la ville n'empêche pas une activité culturelle intense. Elle envie à ses amis bordelais le fait d'aller au travail à vélo ou de pouvoir rejoindre le Bassin en quelques minutes à peine. Pour Dominique, la ville est « un rêve d'enfant » qu'il considérerait sérieusement si sa vie l'amenait un jour à quitter Paris. « Je comprends que mon père ait aimé cet endroit » conclue-t-il. Comme lui, et comme Angela. Anne-Marie et lui s'éloignent en direction du pont de pierre, à la recherche d'une portion de quai sans balustrade. Un des personnages est supposé glisser dans l'eau. L'après-midi se terminera par la quête du lieu idéal.

Joséphine Duteuil
Joséphine Duteuil

Crédit Photo : Joséphine Duteuil

Publié sur aqui.fr le 29/07/2016