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Spécial | Du placard à l'isoloir

Cellule de maison d'arrêt

Issu d'une famille modeste, il étudiait la littérature à la Fac avant sa condamnation pour violences et trafic de stupéfiants. Paul Touré, 24 ans, souhaite désormais faire un service civique et s'assagir. Son regard, à travers ses lunettes, est vif et rieur. Quelques cicatrices sur son visage trahissent un passé tumultueux mais une certaine sérénité se dégage de lui. Sa voix est grave, lente. Il est très calme et contrôle tous ses mouvements.

Paul dort tous les soirs en prison. D'ici 4 mois il sera libre pour de bon.  "La semi c'est plus une attente de fin de peine que de la réinsertion,  il y a de gros problèmes au niveau du suivi". Il est possible de ne pas avoir de travail sans que personne ne soit au courant.

 

Des convictions mais pas de carte d’électeur

 

Les extrêmes proposent pour lui une nouvelle alternative, un autre modèle de société. "Je suis un communiste" lâche-t-il en souriant. Malgré ses convictions, Paul n'a jamais voté. Il n'a pas de carte électorale. Pourtant il suit l'actualité. C'est l'action de voter qui ne l'a jamais motivé. Il le regrette d'ailleurs, à l'approche des présidentielles.

 

D'après son expérience, les gens en prison parlent et s'informent sur la politique mondiale, les grandes idées. En revanche, la politique Française intéresse peu. "En prison tu es en marge des institutions, souvent en opposition avec les sanctions de la justice ". Or la justice y est assimilée avec la politique.

 

 Des ateliers politiques sont mis en place dans la prison mais peu de détenus sont au courant. En revanche, de nombreuses affiches et prospectus  présentent les candidats et expliquent les démarches de procuration.

 

Réforme pénale de Taubira et revenu universel

 

Pour lui, les détenus sont présents dans le débat politique. Par exemple il a entendu François Fillion parler de revenir sur la réforme pénale de Taubira. Ce qui lui semble ridicule d'ailleurs. "La loi Taubira a supprimé les peines planchers qui étaient zéro pour la réinsertion mais en général les politiques s'intéressent surtout aux chiffres." Combien de places à créer?  Combien de personnes en prison? La surpopulation est un vrai problème. « Des fois trois détenus se retrouvent dans la même cellule. L'un doit donc dormir par terre ce qui crée des tensions. »

 

Paul est aussi sensible au débat autour du revenu universel. A sa sortie, chaque détenu a le droit à l'Allocation Temporaire d'Attente d'environ 345€, "insuffisante pour vivre en cas de complication pour trouver un emploi." Ce revenu universel est donc utile à ses yeux, même si "il ne faut pas tout baser la dessus. On ne vit pas avec des aides. C'est surtout utile pour les jeunes et les plus âgés."

 

Paul regrette le départ de Mr.Hollande: "On parle beaucoup des échecs de ce gouvernement mais très peu des réussites". Le jeune homme pense notamment à la création des services civiques susceptibles de l'aider dans sa réinsertion. Du moins il l'espère. Pour l'instant il n'a été accepté nulle part...

Sacha Cameleyre - Etudiant EFJ
Sacha Cameleyre - Etudiant EFJ

Crédit Photo : Poirpom / flickr.com

Publié sur aqui.fr le 27/01/2017