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Spécial | Tino, chef d’un camp de gens du voyage : “Aucun homme politique n’a réussi à changer les mentalités”

Un camp de gens du voyage

Tino, 54 ans, est le chef d’un camp de gens du voyage et compte parmi les 250 000 grands voyageurs dénombrés par l’Insee en 2016. Ce grand brun à la peau mate est issu d’une famille de sept enfants. En 1986, il quitte la maison familiale pour voyager avec sa femme, en caravane. Démarre alors une vie d’itinérant. Aujourd’hui, Tino n’attend rien des présidentielles. Pour la première fois de sa vie, il ne votera pas aux prochaines éléctions. Rencontre avec un grand voyageur.

En ce mois de janvier, les températures sont basses. Coincé entre un dépôt de voitures et un centre de recyclage, le camp boueux semble hors du monde. C’est un campement comme on les imagine : un décor champêtre et un confort sommaire.

La famille, le voyage et “les gadgets” sur les marchés

Une cinquantaine de caravanes colonisent l’aire des grands voyageurs de Tourville à Bordeaux. Le terrain est vaste pourtant les caravanes s’agglutinent les unes à cotés de autres. Malgré le feu qui réchauffe toute la famille, l’accueil est glacial. Autour de la caravane vétuste, une dizaine d’enfants jouent au ballon. Tino, le chef du camp, impressionne par son franc parler et son regard noir.

Pour nourrir sa famille, Tino “vend des gadgets” sur les marchés : épluches légumes, casses noix, épingles à linges. Lorsque l’argent manque, il effectue des travaux de maçonnerie ou de plomberie. “Un bon moyen de me faire de l’argent facilement, à condition de ne pas avouer que je fais partie des gens du voyage !”.

Depuis 2000, la loi Besson oblige toutes les municipalités à accueillir les séjours nomades dans des conditions dignes, avec point d’eau et d’électricité. Mais à ce jour, la loi reste encore trop inégalement appliquée aux yeux de Tino. La progressive dépolitisation de ce chef de camp n’y est pas étrangère.

Sans télévision, ni radio, Tino s’informe peu

" Durant des années, j’ai voté pour des partis de gauche, ceux qui me proposaient le plus d’aides." Pour la première fois de sa vie, il ne s’est pas inscrit sur les listes électorales. Aujourd’hui, Tino n’attend rien des présidentielles. Il n’est pas politisé et ne cherche pas à connaitre les différents programmes. Sans télévision, ni radio, il s’informe peu par manque d’intérêts. A ses yeux, “aucun n’a réussi à changer les mentalités et à insérer les gens du voyage dans la société.”

Morgane Espagnet et Margot Chevalier - Etudiants EFJ
Morgane Espagnet et Margot Chevalier - Etudiants EFJ

Crédit Photo : Novopress

Publié sur aqui.fr le 21/02/2017