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Métropole | Deux regards affûtés sur la campagne

Débat Siarri Cayrol

Dans une petite salle du Café maritime de Bordeaux, le vendredi 31 mars, Alexandra Siarri,adjointe d'Alain Juppé en charge de la cohésion sociale  et Roland Cayrol, politologue, sont venus débattre. Chacun a publié un ouvrage politique récemment. Alexandra Siarri dans Bordeaux est Avenir revient sur son parcours d'élue tout en proposant des pistes d’évolution pour la métropole bordelaise. Roland Cayrol dans Les Raisons de la colère décrypte la déception des français vis à vis de la classe politique. Ils ont répondu à l'invitation des Amis d'Aqui, association qui regroupe des lecteurs attachés à notre média. Installés de part et d'autre de Joël Aubert, rédacteur en chef d'Aqui, ils ont conversé sur l’état de la presse, de la politique, et du pays à quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle.

«Un tourbillon qui bénéficie aux plus extrêmes»

La première question venant du public est destinée à Alexandra Siarri. Elle concerne le regard que celle-ci porte sur les médias actuels. L'adjointe au maire de Bordeaux et conseillère régionale, bien qu'elle se trouve devant une assemblée composée de nombreux journalistes et d'amoureux de la presse n’hésite pas à se montrer tranchante: « Je suis désolée de le dire mais mon regard sur les médias est très dur. Il y a actuellement une importance démesurée laissée à l’émotion, au spectacle, à ce qui peut se dire en peu de caractères sur Twitter. Je trouve qu'on n'aide pas beaucoup les citoyens et les élus à débattre sur des sujets importants sereinement. On est dans un tourbillon qui bénéficie aux plus extrêmes. L'ambiance est mortifère ! Mais, je ne suis pas seulement critique vis à vis des médias, mon regard sur la classe politique surtout nationale est très dur également. »
Ce climat « violent » dégoûte selon elle deux catégories de citoyens: les plus engagés, qui, pourtant porteurs d'idées innovantes, ne vont plus facilement vers les politiques, et les plus fragiles, qui, désabusés, se réfugient dans le silence. C'est cette dernière catégorie qui préoccupe le plus l’adjointe en charge de la cohésion sociale : « j'ai été sollicitée par des psychanalystes qui vont publier une tribune. Ils sont inquiets car de plus en plus de gens fragiles deviennent atones. Lorsque des personnes viennent nous exprimer une colère, on est encore dans le dialogue. Lorsque les gens ne parlent plus, on ne sait pas ce qu'il peut se passer, ça devient très dangereux!» l'élue bordelaise nuance ce tableau, presque apocalyptique par une vision bien plus apaisée de la politique locale: « 80 à 95% des décisions à Bordeaux sont prises à l’unanimité. Pourquoi le débat national est si violent, tendu entre les différents partis politiques alors que nous arrivons à travailler ensemble en local ?» Roland Cayrol est en désaccord avec Alexandre Siarri. La politique locale ne se fait pas toujours avec tant de modération. Selon le politologue « Tout ne se passe pas aussi bien qu'à Bordeaux, il y a des endroits où des élus du FN et des élus d’extrême gauche refusent de collaborer avec les présidents d'agglomérations. Le dialogue est parfois impossible (...)»

 De la fiabilité des sondages 

La discussion est allée ensuite sur l’abstention et les sondages en cette fin de campagne présidentielle. Selon Alexandra Siarri, nombre de bordelais qu'elle croise, ne savent pas encore pour qui voter, hésitent encore à moins de trois semaines de l’élection. Les sondages vont ils être démentis une fois encore après le Brexit et "la surprise Donald Trump" ? Pour l'ancien président de l'institut de sondage CSA, « les sondages en France ne se trompent pas tant que cela. A quelques jours des primaires de la droite, ils avaient vu la dynamique Fillon. Et puis les gens ne sont pas si indécis que cela. Beaucoup savent désormais pour qui ils vont voter. La seule grande incertitude, c'est effectivement l'abstention. A quel hauteur va t'elle se situer ?» Dans 16 jours, on aura une réponse à cette si épineuse question. 

Matthias Hardoy
Matthias Hardoy

Crédit Photo : RB

Publié sur aqui.fr le 07/04/2017