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Spécial | L’abbé Jeannot rêve d’un candidat de la ruralité

Au pied de la Croix

Jeannot tranche avec le décor vieillot. A le voir en jeans, penché au-dessus de son téléphone portable, ce fringant sexagénaire ressemble à tout, sauf à un Abbé. D’ailleurs, ce fan de rugby, dirigeant du club de Mauléon, parle presque plus volontiers sport et chasse à la bécasse que saintes écritures. « J’ai 60 ans, je les fais pas, hein…», s’amuse-t-il.

Aujourd’hui, « avec  [s]es deux colocs au presbytère », l’Abbé Jeannot s’occupe de deux paroisses en haute et basse Soule, province du pays basque : un vaste territoire d’une soixantaine d’églises et de 13 000 âmes. Au quotidien, le travail ne manque pas : visite de malade, « cathé à l’école », baptême, mariage et obsèques, qui « sont les plus belles célébrations qui rassemblent le plus de monde. »

« La vie, ont doit lui donner un sens »

Enfant du pays, Jeannot vante ses conditions de travail : « On est très bien accueilli ici. Parfois même attendu. Parce qu’il y a cette troisième mi-temps avec un petit verre où l’on parle souvent de foi, d’église. » Pourtant, l’Abbé voudrait voir la jeunesse rester. A son petit niveau, il soigne ses messes et les agrémente de chants : « On veut semer, car quand tu sèmes, il y a quelques graines qui germent et quelques unes qui portent des fruits. » Jeannot est aussi très attentif à la solitude de la vie rurale et fait attention à « tous ceux qui sont seuls au bord du chemin. »

« Quand on sait où sont ces villages et qu’il n’y a pas d’école, qui va s’installer là-bas? »

Attaché à sa terre, à ses ouailles, Jeannot déplore la désertification de sa région : « Les postes disparaissent. Les écoles ferment. Les exploitations agricoles ne sont plus reprises et les jeunes médecins de plus en plus rares. »

À l’approche des présidentielles, le prêtre « préfère parler citoyenneté que politique ». Il ramène l’action politique à son lopin de terre et aux problèmes concrets. « Les mesures qui se décident dans un bureau à Bruxelles ou à Paris, c’est trop loin de ce qu’il se passe ici. » L’abbé rêverait d’un candidat de la ruralité. « Chez nous, quelqu’un qui n’a pas des racines rurales, il ne peut pas comprendre. »

Jeannot se dit « gêné par l’affaire François Fillon »: « Mettre en avant cette image de Chrétien et ensuite entendre chaque jour des questions d’argent: c’est un contre témoignage. » Finalement, en terme d’autorité politique et morale, il revient toujours au Pape François. « On a la chance d’avoir un pape humain. » L’essentiel pour Jeannot, c’est de « garder la petite flamme espérante vivante pour ne pas laisser les gens sombrer dans le désespoir. »

Marine Mouysset - Etudiant EFJ
Marine Mouysset - Etudiant EFJ

Crédit Photo : Flickr jamacab

Publié sur aqui.fr le 16/04/2017