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Agriculture | Hervé Grandeau: après le gel accompagner les drames humains

Hervé Grandau

Hervé Grandeau, président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux qui regroupe les 25 syndicats représentatifs des appellations girondines et, lui-même, viticulteur à Tresses et Artigues était venu en voisin à O2 radio à Cenon, ce jeudi 11 mai, à l'invitation de l'émission mensuelle "Quatre médias" qui réunit aux cotés de la radio associative de la rive droite et de la métropole, le mensuel l'Echo des Collines, Aqui.fr et Aqui.Bordeaux.Métropole. L'occasion de faire le point sur la situation du vignoble girondin très touché après les épisodes de gel de deux semaines successives, dont la dernière les 26 et 27 avril a, ici et là, porté une manière de coup de grâce à des exploitations déjà affectées.

En l'attente d'un bilan qui, quinze jours après le sinistre, est encore difficile à établir précisément tant l'évolution de la vigne est incertaine et ses réactions au gel, parfois plus longues à se dessiner qu'on ne pourrait l'imaginer, les rameaux et les petits mannes que l'on croyait pouvoir sauver désséchant et tombant, l'estimation d'une demi-récolte semble se confirmer. Peut-être de l'ordre de 2,5 millions d'hectolitres pour le vignoble girondin. Des zones ont été très touchées, et parfois de façon absolue, dans l'Entre deux Mers, les côteaux de tout le secteur nord de la Gironde et les confins de la Dordogne le plus souvent productrices de Bordeaux et Bordeaux Supérieur; le plateau de Saint-Emilion lui aussi très atteint, le Pomerol à quelques 50%, le sauternais aussi notamment les parties les plus basses du vignoble, les vignes de l'appelation Loupiac et Sainte-Croix du Mont plus en s'en tirant mieux de même en Médoc que Pauillac ou Saibt-Estèphe... En réalité, il est difficile d'expliquer l'impact d'un phénomène qui dépend, non seulement, de la configuration des exploitations mais également des courants d'air qui traversent une parcelle, de la proximité de la forêt....

Au plus près des drames humains

Hervé Grandeau, dans sa mission, a souligné l'importance d'être au plus près des drames humains, si nombreux après cette catastrophe climatique dont on cherche de mémoire de vivant un précédent; en tout cas plus important que celui de 1991. Et d'insister, au-delà des mesures de court terme à mettre en oeuvre - étalement des cotisations MSA par exemple - sur la nécessité de progresser pour arriver à un niveau de propriétés assurées bien supérieur à l'actuel: 1600 sur les 6000 de Gironde. "Certes l'assurance coûte cher remarque-t-il et les franchises sont très importantes mais plus nombreux seront les assurés et plus les assurances baisseront". En effet, aujourd'hui, les assureurs compte tenu aussi des épisodes autres, de grêle par exemple, perdent de l'argent. Il faudrait selon le président de la Fédération se fixer l'objectif d'atteindre 75 à 80% d'assurés à l'horizon 2020-2025. Dans l'immédiat, face aux situations de détresse, les banques et en premier lieu le Crédit agricole vont regarder, au cas par cas, les situations avec d'autant plus d'attention qu'elles sont, elles-mêmes, fort engagées dans l'économie viti-vinicole, un exercice délicat car elles prêtent en priorité en fonction du chiffre d'affaires et des stocks.

La filière impactée

Pour autant, c'est toute la filière qui est frappée par ce gel dévastateur; le négoce qui devra composer avec une demi-récolte mais aussi toutes les activités périphériques, de l'embouteillage aux marchands de matériels; d'ores et déjà des décisions de report d'investisement ont été prises, de chômage partiel aussi. Quant à l'impact sur le marché il est, par définition, encore incertain. Cependant, après les deux belles années 2015 et 2016, ce dernier millésime étant on le sait exceptionnel en qualité , il va falloir faire preuve d'un sens aigu de l'anticipation pour décider de l'orientation à venir des prix. Ceux-ci s'étaient redressés pour les Bordeaux qui représentent plus de 50% des volumes produits et la tentation d'une hausse, pour tenir le coup, devra être maîtrisée au plus juste. La difficulté sera, notamment pour les marchés à l'export les plus forts -Etats-Unis, Chine et Hong-Kong, Japon- de ne pas perdre des marchés parfois très spécifiques et en croissance, celui du crémant par exemple Sait-on qu'aujourd'hui une bouteille sur six de Bordeaux et Bordeaux supérieur part en Chine? Autant dire que les défis à relever face à cette situation d'une grande gravité sont considérables, ce dont Hervé Grandeau souligne, tout en affichant à la fois la solidarité du responsable professionnel et le vécu compliqué du viticulteur en première ligne.

A écouter sur 02 radio, 91,3, lundi 15 mai à 16 h et mercredi 17 à 9h.

Joël Aubert
Joël Aubert

Crédit Photo : Joël Aubert

Publié sur aqui.fr le 13/05/2017