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Environnement | Charente-Maritime : les huit derniers chantiers du Plan Digues se feront-ils?

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Le Département de Charente-Maritime lançait vendredi 19 mai l’un des huit chantiers restant du Programme d'actions de prévention des inondations (PAPI) II à Boyardville, sur Oléron. Ce projet de protection contre les submersions marines va coûter quelque 6 millions d’euros subventionnés par l’Etat (40%), la communauté de communes (20%), la Région (20%) et le Département (20%). Les travaux vont s’étaler sur 24 mois, avec des périodes d’interruption (notamment pour respecter la nidification des oiseaux sur cette zone naturelle protégée), pour une remise de chantier à l’automne 2019.

Si sept longues années se sont écoulées entre la tempête Xynthia et le lancement des travaux de protection, c’est parce qu’il a fallu prendre en compte plusieurs paramètres pas forcément compatibles au premier abord. « Le premier problème, c’est que nous avons ici une entrée d’eau par le chenal, qui forme un goulet d’étranglement qui retient l’eau », explique Lionel Quillet, le vice-président du Département 17 en charge du littoral et de l’environnement.  « Il a fallu également prendre en compte la proximité de l’habitat et des commerces », que Xynthia avait inondé, ainsi que la route. Ultime problématique : « le premier schéma prévoyait une digue traversant la réserve naturelle, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) n’était pas d’accord, il a fallu modifier », poursuit l’élu. Une digue en terre sera donc érigée un peu plus à l’intérieur des terres, le long du chantier naval, soit une emprise d’ouvrage de 400 mètres linéaires et 15 mètres de large, incluant le fossé de stockage. Les travaux commenceront par le renforcement de l’épi rocheux tout au bout de la grève puis se poursuivront par des levées de terre au niveau du marais de la Cayenne (septembre 2017 et septembre 2018). Les digues existantes vers la zone naturelle protégée seront rehaussées. Un mur de quelques dizaines de centimètres et des batardeaux seront installés le long du chenal de La Perrotine et tout autour du port.

Si la communauté de communes s’est chargée de monter le projet, le Département de la maîtrise d’ouvrage, il reste aujourd’hui à penser à la gestion des ouvrages à terme. A partir du 1er janvier 2018, la loi attribue aux mairies et aux communautés de communes la compétence exclusive de la Gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (Gemapi). La communauté de communes envisage donc de laisser la gestion de tout ou partie des ouvrages, en terme juridique et financier, à un syndicat mixte. La commune pourrait garder la main sur la manipulation des ouvrages, comme la mise en place des batardeaux en cas d’alerte inondation. Des scenarii vont être prochainement étudiés avec des conseillers juridiques et financiers.

Sept chantiers en retard

Le chantier de Boyardville fait partie des huit chantiers dit « à procédure simplifiée » du PAPI II. Si les sept restants ne sont pas encore lancés, c’est parce que les projets rencontrent des obstacles juridiques, administratifs et/ou techniques. Il a notamment fallu trouver des terrains compensatoires aux agriculteurs dont les emprises d’ouvrage empiétaient les cultures. La loi sur la biodiversité a également obligé à trouver des solutions pour préserver dans certaines conditions la faune et la flore locale, comme pour la réserve naturelle d’Yves. Les élus ont également rencontré quelques réticences auprès de riverains sur le plan de l’aménagement paysager.

 Si Lionel Quillet ne s’inquiète pas pour les travaux de l’île d’Aix, qui devraient démarrer d’ici la fin de l’année, il craint d’avantage pour des projets comme celui de Fouras, où les riverains refusent de voir une digue érigée sous leurs fenêtres. Ou encore à Nieulle-sur-Seudre, dont les travaux seraient non seulement plus onéreux que prévu, mais ils couteraient également plus cher que les dégâts que pourraient potentiellement occasionner un deuxième Xynthia. Or, c’est à l’aune de ce risque que l’Etat accorde validation de projet et financements. Le Département compte donc tenter sa chance avec le nouveau gouvernement. Troisième chantier problématique : celui de Charron. La digue prévue s’étendrait sur plusieurs communautés de communes et même sur deux départements, puisqu’elle déborderait jusqu’en Vendée. Il reste à déterminer qui endosserait la responsabilité juridique de l’ouvrage à terme, et bien sûr, personne n’en veut. Seul l’Etat serait compétent pour arbitrer dans cette affaire, mais « il ne l’a jamais fait jusqu’alors », selon Lionel Quillet.

En attente de la Région

L’autre pierre d’achoppement de ces projets est financière. Le Département et les communes attendent depuis des mois une réponse de la Région concernant le financement d’avenants aux travaux. La Nouvelle-Aquitaine s’était en effet engagé à honorer la part accordée initialement par le Poitou-Charentes. Mais il ne s’est jamais prononcé concernant le financement des avenants (11 millions), dû à des surcoûts d’opérations, notamment pour s’adapter aux nouvelles normes législatives (sécurité, environnement, etc.). Après des mois de négociations diplomatiques, Lionel Quillet est déterminé à poser la question officiellement au conseiller régional en charge de ces thématiques, Vital Baude, lors de la journée de bilan de la mission littoral, qui se tiendra le 22 juin.

Le Plan Digues en Charente-Maritime en chiffres

Lire aussi: Reportage Aqui!TV7: île de Ré, Grands travaux contre submersion 

Anne-Lise Durif
Anne-Lise Durif

Crédit Photo : Anne-Lise Durif

Publié sur aqui.fr le 20/05/2017