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Société | Eau Vive : la solidarité coule de source

Madeleine Yameogo et Zakari Bouraima, présidente et directeur d'Eau Vive au Burkina Faso

Dans le monde, près de deux milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Elles ne bénéficient pas non plus d’un réseau d’assainissement leur permettant d’écarter la menace des maladies. Cette réalité touche de manière particulière l’Afrique subsaharienne. Une zone recouvrant des pays qui figurent parmi les plus pauvres du monde tels le Burkina-Faso, le Mali, le Niger, le Sénégal ou encore le Togo. Depuis 30 ans, l’association Eau Vive Internationale se mobilise pour aider leurs population à disposer d’une ressource vitale sans laquelle rien n’est possible tant en matière de santé, d’emploi ou encore d’éducation. Ce long combat a été évoqué ces jours derniers lors d’une rencontre nationale organisée par cette ONG citoyenne dans les Pyrénées-Atlantiques.

La chose est difficile à imaginer dans nos sociétés nanties. Chaque jour des fillettes et des femmes, dont c’est la tâche dans certains pays africains, effectuent une marche de 6 heures pour aller puiser de l’eau au puits le plus proche. Une exigence qui, outre son aspect extrêmement contraignant, empêche bon nombre d’enfants d’aller à l’école. Donc d’avoir l’espoir d’améliorer un jour leur condition.

« L’eau est une clé qui ouvre toutes les portes » rappellent Zakari Bouraima et Madeleine Yameogo, directeur et présidente d’Eau Vive au Burkina Faso, en posant un regard mi-figue mi-raisin sur les paysages verdoyants des Pyrénées-Atlantiques où ils ont été accueillis pour quelques jours.

Créée en 1978, l’ONG «citoyenne, non partisane et non confessionnelle » qui les emploie a déjà aidé des centaines de milliers de personnes à avoir accès à cette ressource essentielle dans leur pays. « Des forages sont réalisés et des systèmes d’adduction d’eau simples sont mis en place pour installer des bornes fontaines dans les communes. Dans le même temps, des latrines sont installées dans les écoles et les lieux publics pour aider les gens à préserver leur environnement ».

Des équipements qui, pour les populations locales, constituent une barrière efficace contre des maladies comme le choléra ou la dysenterie. Sans parler des perspectives qu’ils offrent sur le plan alimentaire et, d’une manière générale,  économique. Car qui dit eau potable dit aussi nouvelles ressources. « Auparavant, il était par exemple impensable de voir des légumes pousser au Sahel. Or, cette année, dans une région où la base de l’alimentation est constituée de mil, on va même récolter des tomates ».

Tous responsables

Pas question pour autant d’assistanat. Les principes d’Eau Vive tiennent en quelques mots : accompagner, encourager, responsabiliser.

Dans chaque pays où elle est installée, l’ONG dispose d’une trentaine de spécialistes : ingénieurs, économistes, sociologues, financiers etc. Ces derniers amènent les habitants des communes où ils  interviennent à se prendre en charge. Ce qui passe par la formation  d’hygiénistes, de maçons, d’artisans réparateurs qui vont édifier et entretenir les installations. Mais aussi par la création d’associations d’usagers de l’eau chargées de veiller au bon usage et à la maintenance des installations.

L’action d’Eau Vive ne s’arrête pas là. « De plus en plus, nous essayons d’aider les gens à développer des comportements citoyens » explique Zakari Bouraima. « En milieu rural par exemple, des enfants peuvent voir le jour sans que leurs parents songent à établir un extrait de naissance. Un document qui sera pourtant nécessaire par la suite pour les scolariser, passer des examens ou tout simplement avoir une existence légale. »

Coups de main tous azimuts

D’autres initiatives consistent à épauler les populations dans leur manière de produire et de donner une plus-value au fruit de leur travail. « Par exemple en transformant le lait en fromage ou en caillé. Ou encore en pratiquant le séchage des légumes. Certaines femmes burkinabés parviennent ainsi à exporter leurs produits vers les USA ! ».

Dans le même esprit, un soutien est apporté aux communautés afin de leur permettre de s’organiser et  de faire face à leurs propres besoins. Tandis que les habitants sont sensibilisés à l’importance de ne pas jeter leurs déchets dans la nature.

Bref, de multiples coups de main qui, mis bout à bout, portent leurs fruits. Alors que 50% des ressources en eau sont menacées d’ici la fin du siècle en Afrique subsaharienne, l’ONG estime que « un dollar investi pour l’accès à l’eau potable rapporte 2 dollars via les économies de santé et les gains de productivité ».

« Nous progressons à petits pas » disent Zakari Bouraima et Madeleine Yameogo avant d’indiquer qu’Eau Vive, qui reçoit des soutiens de l’Europe, des agences de l’eau françaises et de bénévoles, vient également de s’installer au Tchad. « Nous ne voulons pas nous étendre pour nous étendre. L’idée est d’ancrer une présence là où le besoin s’en fait sentir ».

Cet or qui rend les autres riches

Une nouvelle piste de travail  émerge également. Elle consiste à veiller au respect des droits de l’homme sur les sites d’orpaillage où des enfants travaillent dans des conditions très pénibles. Sans parler des problèmes d’environnement posés par le recours à des produits comme le mercure et le cyanure.

Le Burkina Faso, dont bon nombre de mines sont exploitées par des sociétés étrangères, est en effet le 4e producteur mondial d’or. Dans le même temps, il figure parmi les pays les plus pauvres du monde en se classant au 181e rang sur 187. Cherchez l’erreur.

Pour en savoir plus : http://www.eau-vive.org/

Jean-Jacques Nicomette
Jean-Jacques Nicomette

Crédit Photo : Aqui

Publié sur aqui.fr le 03/07/2017