Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Edito | Barcelone: résister au piège de l'enfermement

Barcelone et ses ramblas cosmopolites était une ville cible, comme Nice et sa promenade des Anglais... Le terrorisme a frappé avec les mêmes méthodes mais il avait peut-être imaginé faire pire encore. Et, face à ce nouveau drame, nous oscillons entre la compassion, le soutien moral à ces familles brisées et d'inévitables interrogations. Avons-nous pris assez de précautions spécialement dans nos villes de France et d'Europe? Pourquoi ces terroristes sont-ils d'une manière générale aussi jeunes? Au delà des dispositifs de sécurité quelle information nos démocraties peuvent-elles organiser pour mettre en garde le citoyen? Ces quelques questions parmi beaucoup d'autres ont déjà connu des réponses, des mobilisations de l'Etat à travers la police, la gendarmerie, l'armée, la concertation avec les collectivités locales lors des grands événements populaires mais nous savons bien que ces efforts ne nous dispenseront pas de risques que, déjà, dans le regard que nous portons sur la vie d'une cité nous mesurons dans notre for intérieur.

Ils sont nombreux ces lieux de vie où nous aimons à nous retrouver et ils sont, eux aussi, potentiellement exposés à la sauvagerie. Nos sociétés jusqu'ici ont su résister au piège de l'enfermement, à la ségrégation si chère aux émules de Daesh et, bien sûr, elles continueront à défendre des valeurs de liberté qu'ils ont en horreur.

D'ores et déjà songeons aux débats enflammés qui ne manqueront pas d'accompagner la loi que le gouvernement annonce à propos de la sécurité et de l'état d'urgence. Le privilège de nos démocraties c'est, justement, de pouvoir ne pas être d'accord et d'avoir la faculté de le dire; encore faut-il penser aux effets de nos désaccords sur la  motivation  des terroristes et, chaque fois, rechercher le plus possible un consensus. Mais, il y a surtout un immense effort d'éducation à entreprendre dans une société qui expose nombre de ces jeunes au basculement. Hier, ils prenaient le chemin de la Syrie ou de l'Irak; certains en sont revenus et les pouvoirs publics le savent. Aujourd'hui, d'autres souvent via les réseaux sociaux sont des proies faciles pour passer à l'acte. Marik Fetouh, l'adjoint au maire de Bordeaux qui s'investit beaucoup dans la lutte contre la radicalisation l'affirmait à juste titre ce 17 août: " Plus que jamais, nous devons poursuivre nos efforts de lutte contre la radicalisation en Europe. Le prochain congrès du Forum européen pour la sécurité urbaine, lors duquel je dois intervenir, se tiendra en novembre précisément dans la capitale catalane." C'est, en effet, à l'échelle de d'Europe qu'il faut concevoir, aussi, des réponses sociales et culturelles à la hauteur du défi que l'islamisme radical oppose à nos démocraties. Pour autant soyons lucides et restons vigilants sur le bon usage de la laïcité car il ne suffit pas, le temps d'une campagne électorale d'en débattre, avec d'ailleurs plus d'une ambiguïté de la part de nos politiques, pour protéger celles et ceux qui, de gré ou de force, peuvent basculer dans l'enfermement, au nom de la religion.

Joël Aubert
Joël Aubert

Crédit Photo :

Publié sur aqui.fr le 19/08/2017