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Edito | Contrats aidés: la"perversion" selon Emmanuel Macron

Dans cette France qui fait sa rentrée, entourée d'ondes surtout incertaines, il semblait politiquement incorrect de parler d'autre chose, après cet été de concertation à haute dose avec les syndicats, que du futur code du travail et de la méthode des ordonnances qui, qu'on le veuille ou non, sonne toujours comme une thérapie. En l'occurrence comme un traitement de choc annoncé par le nouveau pouvoir...la solution pour sortir notre pays du chômage de masse. Et puis, avant même que les manifestations syndicales et les grèves, prévues de longue date, à l'initiative de la CGT, n'aient eu lieu le 12 septembre prochain, voici que le débat sur les contrats aidés dont la ministre du travail avait annoncé qu'ils diminueraient de 150.000 par rapport à 2016, s'est invité bruyamment au coeur de la rentrée politique.

Il faut dire que le président de la République en a remis une sérieuse couche dans son interview fleuve au "Point" en affirmant que ces contrats étaient une " perversion de la politique de l'emploi"... Et, du coup, la France des associations, des villes et des villages oubliés du pouvoir central, celle que François Baroin président des Maires de France représente en partie, monte au créneau: "méthode qui n'est pas tenable et qui n'est pas acceptable" dit Baroin qui note que face à l'urgence l'Etat a quand même décidé d'assouplir le contenu de sa feuille de soins pour faciliter la rentrée scolaire, ici et là, rendue plus compliquée. Saluons au passage la mise en place des classes dédoublées qui n'auraient pas vu le jour sans l'engagement des communes concernées.

A tenter d'y regarder de plus près, d'oser employer des mots qu'Emmanuel Macron ne se fait pas faute de choisir, cette éruption de la France d'en bas pour sauver les contrats aidés est révélatrice de la nouvelle donne politique dans laquelle la France a basculé ce printemps-été. Non seulement le gouvernement a reçu mission de trouver vite fait bien fait des économies, mais encore d'en profiter pour mettre fin à ce que personne n'ose vraiment nommer mais qui est dans l'air depuis si longtemps et, singulièrement, déjà, depuis les années 80 et, historiquement, depuis que la gauche, sous Laurent Fabius, a porté sur les fonts baptismaux, les TUC, ces fameux emplois d'utilité collective dont le dernier avatar est en quelque sorte les emplois d'avenir....Le mot assistance: ou comment contenir le chômage dans ce pays qui ne crée pas assez d'emplois (On sait qu'il commence à en recréer, notamment via les entreprises et que c'est une bonne chose)  sinon en accompagnant des emplois faiblement rémunérés, destinés à des personnes éloignées du marché du travail, des femmes le plus souvent dont on sait qu'elles sont le gros bataillon des chômeurs. Des personnes dont l'implication dans la vie quotidienne des gens et des territoires, via les associations souvent, font que la France, bon an mal an, tient encore plus ou moins debout.

Derrière les économies obligées le nouveau pouvoir, dans ce domaine aussi, veut entreprendre la conversion du modèle social français que son président, au fond, a en horreur. Sacré challenge, car le cher et vieux pays a été habitué à la sollicitude de l'Etat et il a en a eu si souvent besoin pour ne pas s'effondrer socialement. Si l'on pense avoir bien compris Emmanuel Macron qui juge impossible de le réformer il faut le "transformer"; voici donc une entreprise de transformation qui ne se passera pas sans convulsion, sans dégâts et sans colère, malgré des "assouplissements de dernière minute" et le bon vouloir des préfets envoyés en première ligne. Et, sans doute, sans quelques milliers de chômeurs de plus et l'augmentation du nombre des bénéficiaires du RSA.

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 03/09/2017