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Edito | Humeurs d'automne: Le temps des saveurs et d'un rappel historique

Maintenant que l'automne est là il faut honorer sa venue. Certes nous avons tous ressenti, ce week-end, qu'il avait plutôt la douceur, et même davantage, de l'été indien mais comment s'en plaindre après un été, le vrai celui-là, si souvent à géométrie variable. Au passage, ayons une pensée pour les viticulteurs qui, ici et là, ont dû précipiter la vendange à cause des pluies de ces deux dernières semaines alors que déjà beaucoup devaient faire face aux conséquences des journées de gel du mois d'avril dont on commence à mesurer les conséquences, très lourdes, pour la récolte 2017. Mais ainsi va le lot d'une agriculture qui a appris à vivre, et parfois même à mourir, avec les aléas climatiques, à moins qu'il ne s'agisse des "caprices de la nature"

Donc l'automne est là et il sera chaud pour quelques jours. Autant en profiter pour aller explorer quelques coins à cèpe, de par chez moi, même si nous sommes moins gâtés que nos voisins de l'autre côté de l'estuaire, les Médocains. En attendant, une belle surprise nous attendait ces jours-ci: la poussée à nos yeux quelque peu précoce des coulemelles et de leurs larges chapeaux à écailles beige et blanc; un champignon moins prestigieux que notre bolet à tête noire mais dont il est possible de se régaler et qui, lorsqu'il rend doucement son eau, exhale des parfums délicieux. Et puis au verger, en cette année de fruits jamais connue jusque là, les poires et les pommes sont en abondance fidèles au rendez vous des saveurs. La Louise Bonne, cueillie au fur et à mesure de son avancée en maturité, nous a offert en bouche une manière de velours; la Reine des Reinettes est abondante et sucrée, à peine devancée par la si délicate Transparente de Croncels, voisine de la Calville Blanc et de la Fenouillet Aubert puisque tel est son nom, par la grâce du choix qu'une grande dame de notre région, Evelyne Leterme, fondatrice du Conservatoire Végétal régional, a fait de nommer ainsi cette variété de pomme dont les greffons lui avaient été offerts par un père dont je tiens la passion de l'arbre fruitier et du greffage. Occasion, d'ores et déjà, de noter sur notre agenda de cet automne, les 25 et 26 novembre, la fête de l'Arbre dans le magnifique verger de Montesquieu, tout près d'Agen, un rendez vous toujours bienheureux avec les "fruits retrouvés". Occasion, aussi, de suggérer à certaines enseignes de la grande distribution qui ont bien du mal à s'y mettre qu'au lieu de proposer à la vente des "pommes bicolores", il serait plus judicieux et instructif de les nommer, de faire connaître leur variété et ainsi de faire comprendre que l'identité d'un fruit est indissociable de sa culture, de ses qualités gustatives, de son temps possible de conservation. Gardons confiance cependant dans une région où l'on cultive la magnifique diversité des productions, à un moment de notre histoire collective où nombre de jeunes qui se lancent en agriculture le font, justement, avec cette envie de partager leurs choix avec les consommateurs.

Qu'on me permette simplement  de rappeler, ici, au moment où la phrase de trop de Jean-Luc Mélenchon suscite l'indignation - "c'est la rue qui a abattu les nazis" - le souvenir d'un long entretien avec Jacques Chaban-Delmas, à Ascain, en compagnie de mon confrère Pierre Veilletet. Chaban, délégué militaire de la résistance qui, aux côtés de Leclerc et de la 2° DB, dont De Gaulle a obtenu d'Eisenhower qu'elle entre en premier dans la capitale, sera un acteur important de la Libération de Paris. Chaban qui contribuera, avec l'entremise du consul général de Suède Nordling, dont le rôle de négociateur sera déterminant, à ce que le maréchal Von Choltitz, commandant de la place de Paris ne lance pas ses chars sur la Préfecture de police de Paris où l'insurrection, "d'une imprudence folle" confiera Chaban, à l'initiative des communistes et des gaullistes venait d'éclater. Avec le risque de destructions massives de la capitale. En l'occurrence, il ne s'agit pas de minimiser le rôle de la résistance et des mouvements qui la composent mais alors qu'un leader politique qui convoque si souvent l'histoire à la rescousse ose affirmer que "la rue a abattu les nazis" de rappeler que l'épisode décisif de la Libération de Paris, et de l'entrée du général de Gaulle dans la capitale, devait plutôt au sens du compromis d'une poignée d'hommes conscients des enjeux du moment qu'au soulèvement populaire.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 24/09/2017