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Agriculture | Les palmipèdes sous la loupe des chercheurs montois

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« Quand on s'engage à travailler dans un IUT, il y a une obligation à faire des recherches en lien avec le tissu économique local », explique Stéphane Davail Professeur d'Université à l'IUT des Pays de l'Adour sur le campus de Mont-de-Marsan où il est en outre directeur adjoint du laboratoire NUMEA (Nutrition et Métabolisme des Animaux Aquatiques). Spécialisé en physiologie animale, l'enseignant chercheur, s'est entouré d'une équipe dédiée à la recherche sur les palmipèdes, avec pour objectif global de « comprendre les mécanismes qui permettent la formation du foie gras ». En vue : l'amélioration de la qualité, et la réduction du temps de gavage. Sujet économique et social d'importance s'il en est dans le département des Landes.

Si en ces temps perturbés par la grippe aviaire, il est régulièrement fait état des nécessaires recherches et expérimentations visant les questions sanitaire et de biosécurité de la filière palmipède, d'autres recherches sont en cours depuis de longues années autour du produit économique lui-même qu'est le foie gras, tant sur sa qualité que sur la durée du gavage. Deux sujets essentiels pour les professionnels qui ne peuvent avoir de réponse qu'en ayant la meilleure connaissance possible du mécanisme naturel qui permet la formation du foie gras.

Comprendre le phénomène multifactoriel qui est à l'origine du foie grasEn effet, « si l'activité des producteurs mime un phénomène naturel que l'on observe chez les oiseaux migrateurs se préparant à de longs voyages sans possibilité de se nourrir, on a longtemps considéré le canard comme une sorte de « boîte noire », qui en la nourrissant en grande quantité sur une période courte donnait un foie gras. Or, si on veut améliorer la qualité du produit ou diminuer la durée du gavage, il est important de connaître les mécanismes physiologiques qui induisent la fabrication du foie gras », explique le professeur Davail. Un sujet long et complexe dont il connaît bien la difficulté, car c'est lui qui s'y est attaqué le premier en 1996.
Des recherches qui sont actuellement poursuivies par Karine Gontier, Maître de conférence à l'IUT et la doctorante qui l'accompagne, Tracy Pioche. « Il s'agit de travailler sur des récepteurs identifiés, qualifiés pour arriver à comprendre le phénomène multifactoriel qui est à l'origine du foie gras. » L'objectif ici est de parvenir à terme à sélectionner les animaux qui ont les meilleures aptitudes du fait par exemple d'une activité enzymatique particulière. « Le problème c'est que de nombreux facteurs interviennent et que ceux-ci peuvent varier d'un individu à l'autre. » « Ici on parle bien d'un objectif de sélection d'animaux, et non pas de modification ou manipulation génétique », tient à préciser le professeur Davail. Mais une fois ce mécanisme analysé et compris, restera encore un autre défi : parvenir à une sélection qui puisse être réalisée facilement par les professionnels sur le terrain, via par exemple un test salivaire effectué sur les animaux... De ce point de vue là aussi, les chercheurs ont donc bel et bien encore un peu de pain sur la planche.

De l'embryon au microbiote intestinalMais se pencher sur les pistes d'amélioration du foie gras ou de la diminution de la durée du gavage, peut amener les chercheurs à intervenir sur différentes parties de l'animal et à différents stades de son développement. Les recherches menées par Marianne Houssier, et son doctorant, William Massimino, en sont bien la preuve, puisqu'ils se penchent quant à eux sur le stade embryonnaire du palmipède. « On essaie de changer la température d'incubation des œufs afin de voir s'il y a un impact sur le développement du gras du foie gras. C'est ce qu'on appelle la programmation thermique », explique la spécialiste en physiologie. Mais pourquoi un tel intérêt à changer la température ? « Parce qu'on sait que changer la température lors du stade embryonnaire agit sur le métabolisme mais on ne sait pas encore précisément si ça a un impact sur le foie gras. » Une mission qu'elle s'est donc assignée. Un programme de recherche récent, entamé en novembre 2016, mais qui pourrait, si bien sûr il s'avère fructueux, être ensuite mis en place sur le terrain relativement rapidement et facilement. ne s'agissant là « que » de régler, ou dérégler, la température des couvoirs.
Enfin, le troisième sujet de recherche sur lequel se penche l'IUT, a démarré en 2009 sous la responsabilité de Karine Ricaud, maître de conférence en microbiologie moléculaire. Avec son doctorant Maxime Even, elle s'intéresse au microbiote intestinal des palmipèdes. « Chez l'homme il a été démontré que les personnes obèses ont des compositions de bactéries différentes et que ça favorise l'engraissement périphérique. Il y a un lien entre ces bactéries du tube digestif et l'engraissement par ailleurs. Chez les souris il a été démontré que ce microbiote en était aussi responsable. En mimant le comportement de molécules produites par l'organisme, ces bactéries agissent sur le métabolisme et la capacité digestive. L'idée serait donc de diminuer la durée du gavage, et donc aussi la quantité de maïs, en améliorant l'efficacité alimentaire. C'est un double avantage à la fois pour le producteur en terme économique, et aussi pour le bien-être de l'animal. »

Trois programmes de recherche loin d'être déconnectés du monde économique puisque le CIFOG (Comité interprofessionnel des palmipèdes à Foie gras) est ou a été partenaire financier sur les trois programmes au côté du Conseil départemental et due la communauté d'agglomération du Marsan. Autant de pistes, qui, si elles ne sont pas encore prêtes à être transférées au monde agricole, permettront sans doute un jour, qui sait, de proposer des alternatives au gavage.

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 25/10/2017