Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Politique | Vincent Feltesse: un président ça fascine toujours

Vincent Feltesse

D'autres avant lui ont éprouvé la même fascination et cette manière de dévotion, non totalement exempte de prudent esprit critique, que les proches conseillers du prince épousent. Pour en avoir connus et rencontrés, sous d'autres présidents, nous comprenons mieux pourquoi Vincent Feltesse a commis quelques 420 pages sur ces presque trois années qu'il a passées auprès de François Hollande (1). Un récit, quasiment au jour le jour, des faits et gestes, des silences, des décisions prises car il y en eût, des réussites, des trahisons, des doutes et des imprudences d'un président qui en aura quand même commis une majuscule en ne se préoccupant pas de la future parution d'un livre où il s'est livré, sans retenue, aux auteurs de "Un président ne devrait pas dire ça"...

Ainsi apparaît donc, sous la plume de l'ancien président de la Communauté urbaine de Bordeaux, que l'Elysée s'attacha en mai 2014, après sa rude défaite aux élections municipales, la personnalité singulière d'un président qui avait annoncé vouloir être " normal". Un président, en ces jours de novembre 2016, dont le pays se demande quand il va annoncer sa candidature pour un second mandat et comment pourrait bien se passer sa présence à des primaires de la gauche. Un président qui va prendre tout le monde à contre pied en renonçant, une première sous la V° République, et dont le carré de conseillers, mis dans la confidence l'avant veille de ce 1° décembre, attend cette intervention télévisée qui va, outre sa dimension humaine, plonger le parti socialiste dans l'abîme.

Extraits façon bonnes feuilles: "Dans la soirée, le Président m’appelle. Très longuement de nouveau. Il s’inquiète de savoir si quelque chose a filtré. Non, absolument rien. Puis il parle – beaucoup –, tandis que je suis encore dans la rue, sur mon portable, à faire les cent pas sur le trottoir. Je croise des gens. Fais en sorte qu’ils ne puissent entendre. Et continue à converser avec l’homme qui va annoncer qu’il ne se représente pas. Une première dans l’histoire de la Ve République.

"Jeudi 1er décembre. L’agenda du Président est assez dégagé. Volontairement puisque, durant les deux premières semaines de décembre, nous avions éliminé tout ce qui était secondaire afin de laisser du temps au lancement de sa campagne. Je commence, quant à moi, par un petit déjeuner avec la secrétaire d’État à la Politique de la ville. Nous échangeons nos points de vue sur le bilan des politiques menées dans ce domaine. Les réussites. Les manques. Les attentes. Les déceptions. Les mobilisations possibles durant la campagne présidentielle. Je vois le chef de l’État à trois reprises avant l’annonce officielle de son renoncement. Nous sommes quatre, dans cet immense palais, à partager ce secret. À la première rencontre, je suis seul avec lui. Il me relit son discours, me le fait chronométrer – habitude chez lui, lui qui veut toujours faire court afin d’être percutant, manière aussi de se mettre les mots en bouche. Nous analysons le texte. Je lui conseille juste d’ajouter un mot sur les plus précaires. Je le vois aussi une deuxième fois en compagnie de Jean-Pierre ( Jouyet) et Gaspard ( Gantzer), moment où François Hollande nous donne ses éléments de langage : c’est une décision qui a mûri, confortée par trois éléments. Le départ d’Emmanuel Macron. La manière dont se profilent les primaires, qui seront des primaires de dispersion, d’élimination, non de construction et de rassemblement. Enfin, l’attitude du Premier ministre et de ceux qui le poussent. Sa décision répond à deux exigences : l’intérêt du pays et celui de la gauche. Je le revois une troisième fois. Où je lui explique qu’il me semble indispensable qu’il prévienne un certain nombre de personnes. Je me bats pied à pied pour le convaincre et sur chaque nom de ceux à avertir car il les rejette tous. À la fin, je suis seulement parvenu à lui faire accepter de téléphoner à Stéphane Le Foll et Julien Dray. Il les appellera, me dit- il. Quant à moi, j’ai le droit de passer quelques rares appels, mais pas avant 19 h 30. Et encore… Dont un à Jean- Christophe Cambadélis.

Comme toujours dans les moments historiques, c’est l’AFP qui a la primeur de l’information. Une dépêche d’alerte est faite : « Le président de la République va s’exprimer à 20 heures. » Tous les médias embraient, toutes les chaînes d’information se mettent en mode édition spéciale. Moi, je suis seul dans mon bureau. Mon téléphone ne cesse de vibrer, appels ou SMS. Je ne réponds à personne. Plus envie de mentir quelques minutes à peine avant la déclaration du Président. J’ai suggéré à Jean-Pierre de réunir les conseillers dans son bureau pour qu’ils voient l’allocution ensemble. À partir de 19 h 30, je passe mes appels autorisés. Impossible de joindre Cambadélis. Il est dans un avion. Je lui demande de me contacter de toute urgence. Vers 19 h 45, je monte au secrétariat du chef de l’État. Il me semble qu’Isabelle Sima y est, ainsi que Samia, Yakobina et Ludy. « Tiens, Vincent, on vient de voir passer le Président. Il a l’air en forme. »...

1.«Et si tout s’était passé autrement : Chronique secrète de l’Elysée sous François Hollande» (Plon, 420 p., 19,90 €).

Joël Aubert
Joël Aubert

Crédit Photo : aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 04/11/2017