Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Edito | 11 novembre 2017: En mémoire de deux hommes qui en étaient revenus

En ces heures où le pays ne saurait oublier les années terribles de la grande guerre, celle dont on était sorti en croyant pouvoir affirmer "plus jamais ça", nous rattrapent et parfois nous étreignent les souvenirs d'hommes qui l'ont vécue, l'ont faite et en sont revenus. Ce 11 novembre 2017 à quelques jours du centenaire du retour au pouvoir de Clemenceau, qu'Emmanuel Macron a longuement salué en ouverture aux cérémonies de l'armistice, mes pensées vont à deux hommes que j'ai eu le privilège de connaître et dont le témoignage restera, à jamais chevillé à ma mémoire.

L'un, mon grand père paternel qui avait connu les pires moments de la bataille de la Somme, finalement victorieuse, et qui l'oeil brillant m'expliquait, lui qui était en charge de la "roulante" du régiment, c'est à dire de la cuisine ambulante, l'ardeur qu'il mettait à préparer le repas des poilus retrouvant la gamelle, avant de "monter en ligne" et, si souvent, de ne point en revenir. L'autre, une figure extraordinaire de ces rescapés du Chemin des Dames où il avait été blessé en mai 1917, cette bataille interminable où l'addition des morts, des deux côtés, est estimée à quelques 300.000, que François Hollande dans le cadre de la Mission du centenaire honora de sa présence, en avril dernier, sur les collines de Craonne. Cette folie qui allait déboucher sur des mutineries, des exécutions, des grèves et allait marquer, avec l'arrivée de Clemenceau président du conseil et ministre de la guerre, la remobilisation d'une France épuisée. D'une France qui, heureusement, voyait arriver sur nos côtes atlantiques à Bordeaux, à La Rochelle, à Saint-Nazaire, les navires transportant ces centaines de milliers de soldats américains dont l'engagement allait décider, à compter du printemps 1918, du sort de cette épouvantable conflit.

Oui, mes pensées en ces heures, vont à un personnage qui à mes yeux de jeune étudiant en journalisme travaillant les week-end, à Lille, à "La Voix du Nord", incarnait bien plus que ce qu'avait dû être le patriotisme: la détermination à aller jusqu'au bout de ce destin qu'on lui avait assigné, à lui le fantassin qui me racontait, sans haine, ce que pouvait être la tuerie jusqu'au corps à corps. A soixante dix ans bien sonnés il n'avait de cesse, en grand éducateur sportif et marcheur qu'il demeurait, que de servir la vie des clubs, par exemple ces escrimeurs dont il rapportait les victoires dans l'édition de "La Voix des Sports". Hommage in memoriam, à vous, Henri Wiart dont la taille et la vivacité en imposaient et dont la profonde humanité me touchait. Les hasards et la curiosité m'ont permis d'apprendre, via internet et le site du "Courrier Picard", que votre petite fille avait épousé le petit fils d'un soldat allemand qui vous avait fait face  au "Chemin des Dames" et que cet ennemi d'hier et vous, aviez, ensemble pris le chemin des lieux de vos batailles.

Ce vendredi 10 novembre les présidents allemands et français ont perpétué ces gestes, les vôtres, en inaugurant le premier historial franco-allemand dans les Vosges, un lieu de "mémoire vive" et de connaissance, plus que jamais essentielle dans cette Europe qu'il faut défendre contre les tentations nationalistes.

Joël Aubert
Joël Aubert

Crédit Photo :

Publié sur aqui.fr le 11/11/2017