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Edito | Des arbres, des fruits, des saveurs et bien davantage

En ce jour de la Sainte Catherine l'auteur de ces lignes a pris le chemin de la Fête de l'arbre et des Fruits d'Antan, à Montesquieu, Lot-et-Garonne, avec ce sentiment d'aller à un rendez vous plus que prometteur, essentiel. Diable! Drôle de choix en ces heures où les éditorialistes tentent de noyer leur déception à la suite d'un aussi piètre remaniement ministériel - pardon "réaménagement" est le terme politiquement correct - qui a vu un jeune député socialiste, après avoir voté contre le budget, entrer au gouvernement pour le défendre, auprès de son ministre...

 

Oui, ce rendez-vous de la Sainte Catherine est à mes yeux primordial, pour deux raisons.

D'abord, parce qu'il est l'occasion de rendre hommage à une amie très chère, Evelyne Leterme qui a eu, à l'époque où bien peu se préoccupaient de "biodiversité", le génie de partir avec humilité et la curiosité d'une ethnologue des saveurs, à la recherche de l'extraordinaire patrimoine végétal dont l'agriculture paysanne était dépositaire, au creux de nos territoires, sans alors en avoir en conscience. C'est ainsi qu'allait voir le jour le Conservatoire végétal régional, à la source de centaines de variétés de fruits de toutes sortes sauvées de l'oubli et, assurément, d'une disparition certaine.

La seconde raison de ce rendez-vous de la Sainte Catherine fait référence, évidemment, à ce que nous avons appris des grands parents maraîchers et cultivateurs, ce dicton cher aux jardiniers qui sonne comme une invitation : « A la Sainte Catherine, tout bois prend racine ! » A Montesquieu, siège du Conservatoire et lieu de pépinières indispensables à la sauvegarde et multiplication des variétés fruitières, il fallait voir, ce samedi, ces milliers de visiteurs venus, en famille gamins en première ligne, découvrir et acheter des fruits, repartir avec le jeune arbre sous le bras destiné à être planté au jardin. Le combat pour la pérennité de cet extraordinaire richesse passe, non seulement par l'intérêt que les arboriculteurs commencent à trouver en implantant des variétés qui présentent des qualités naturelles remarquables, susceptibles d'apporter des réponses qui souvent ne le sont pas moins à des maladies qui s'emparent des fruits sitôt sortis de la fleur; il est aussi, et avant tout, culturel! Oui, osons le mot, culturel...La reconquête, certes difficile mais si nécessaire, d'un patrimoine ne participe pas de la nostalgie: elle est plus que jamais contemporaine pour ne pas dire moderne. Pour s'en convaincre, il suffit d'être attentif aux faits et gestes d'une génération de jeunes agriculteurs avides d'authenticité et de partage, d'observer le succès des marchés de proximité de producteurs de pays, de comprendre que tout cela "fait société" et que cela vaut largement tous les "Black Friday", importés sans états d'âme. Ici, à Aqui, nous avons décidé de révéler, de rendre compte, au plus près de la vie de nos villes et villages, des vallées et des coteaux, de ce mouvement qui naît et ne demande qu'à grandir.

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 26/11/2017