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Métropole | Quand Plantu laisse penser son crayon

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Ce jeudi après-midi, la maison de quartier Saint Bruno rassemblait les générations. Les enfants agités s’impatientent de voir arriver leur idole du jour. Heureusement, celui-ci n’est pas en retard, et il est venu avec son arme à lui : le crayon. En invitant le dessinateur Plantu, l’association Cartooning for Peace et la Ville de Bordeaux proposent aux écoliers de découvrir une partie des dessins de l’exposition itinérante intitulée « Dessins pour la paix » conduisant à une réflexion sur la liberté d’expression. Depuis 2013, Cartooning for Peace, présidé en France par Plantu, propose aux établissements scolaires une exposition pédagogique de dessins de presse consacrés aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales. Cami, dessinatrice bordelaise, est également présente pour cette rencontre. Elle vient exposer quelques uns de ces dessins parues dans le « Guide du réfugié ». Sortie officiellement le 4 décembre, ce guide à pour but d’aider les réfugiés dans leurs démarches administratives.  

Liberté du dessin

Face à ces chérubins, Plantu déploie son talent : il croque. Quelques coups de « doigts » sur sa tablette, et voilà que le portrait d’Alain Juppé, présent lui aussi, se retrouve face à une salle hilare. Des éclats de rire qui cachent un message plus grave. Pour Plantu et Cami, cette rencontre permet d’expliquer aux enfants l’importance de pouvoir s’exprimer librement en dessinant. Plantu déambule à toute vitesse entre les 11 panneaux de l’exposition pour détailler quelques dessins. Du conflit israélo-palestinien aux migrants européens, cette exposition est l’occasion de réunir des dessinateurs du monde entier en dévoilant leur regard sur l’actualité. Pourtant, Plantu insiste, certains dessinateurs de presse ne sont pas toujours libres de critiquer le pouvoir en place. Le maire de Bordeaux, souvent sujet des dessins de presse, apprécie le dessinateur: « il se moque mais ce n’est jamais haineux ».

« Laisser penser ton crayon »

Plantu invite même les plus jeunes à venir dessiner sur sa tablette. Un cheval ou une drôle de glace « vous êtes le dieu de votre petite page blanche » rassure le célèbre dessinateur. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le début de la passion de Plantu. Toujours son doigt sur la feuille blanche en train d’illustrer son histoire il raconte son parcours : « je dessine depuis toujours, je ne parlais pas quand j’étais petit, je dessinais ». Lui qui voulait arrêter l’école à 14 ans, s’est retrouvé en fac de médecine pour faire plaisir à ses parents. Et puis le dessin l’a rattrapé « je ne sais faire que ça » dit-il. Pour Cami, son amour pour le dessin de presse se déclare en terminale. Quand elle entend parler des conflits aux Moyen-Orient par sa professeure d’histoire géographie, des coups de crayons lui viennent facilement. Si les deux dessinateurs ont fait de leur passion un métier, ils encouragent les enfants à faire de même: « la passion ça se cultive ». Même à 66 ans, Plantu avoue ne pas toujours être confiant quand il rend ses ébauches au rédacteur chef du journal Le Monde. Alors ce grand enfant le répète: il faut « laisser penser son crayon ». Lors de l’attentat survenu à Bruxelles le 22 mars 2016, il se souvient avoir publié un dessin qui ne ressemblait pas à son style habituel; « c’est le crayon qui a parlé ».

Plantu reviendra à Bordeaux , en présence d’autres dessinateurs lors de deux conférences-dessinées organisées les 15 et 16 mai 2018 à la Bibliothèque Meriadeck. Destinée pour l’une au grand public, l’autre aux enfants, elles seront au programme de « La Fabrique du Citoyen », événement porté par le réseau des bibliothèques municipales et la Direction Générale des Affaires Culturelles de Bordeaux.

Alizé Boissin
Alizé Boissin

Crédit Photo : Aqui

Publié sur aqui.fr le 15/12/2017