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Edito | Humeurs du temps de Noël: D'Amérique et de notre Europe

En ces heures où le sacré doit faire bon ménage avec la profusion de nourritures terrestres, où des bénévoles vont donner de leur temps et de cette fraternité qui les habite pour des "réveillons solidaires", il n'est pas indifférent de s'intéresser à ce qui se passe Outre Atlantique et, singulièrement, dans ces Etats-Unis qui ont placé à leur tête un milliardaire imprévisible. Là-bas on estime que la réforme fiscale votée par le Congrès va redonner quelques 1500 milliards de dollars à 1% de la population, évidemment la plus fortunée. Ne doutons pas que la démocratie d'Occident la plus inégalitaire du monde va l'être de plus en plus. Trump a intérêt à ce que des millions d'emplois nouveaux voient le jour sinon l'électorat républicain, jusque là très désabusé, finira par lui demander des comptes. L'Europe, elle, continue à s'éloigner des valeurs qui ont présidé à sa naissance au lendemain de la guerre. Il est vrai que L'Union d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir, à 28, avec celle des Schuman, Monnet, De Gasperi, celle des 6 des années 50, de la France et l'Allemagne décidées à se réconcilier, de l'Italie et du Benelux.

Cette Europe de la CECA, Communauté Charbon Acier qui allait préfigurer la Commission européenne et une approche politique confédérale qui fait sourire, en 2017, et dont les nouveaux venus, après l'effondrement du bloc soviétique, ne veulent plus entendre parler. Songeons à La Pologne qui fût à l'avant garde, avec le mouvement syndical, avec Solidarnosc, de la lutte contre le communisme et est, cette semaine, montrée du doigt pour ses entorses à un état de droit tel que le défend l'Union. Songeons à l'Autriche, au lendemain d'élections qui viennent de donner le beau rôle à l'extrême droite, en lui confiant les grands ministères régaliens; songeons à la Hongrie, au régime de plus en plus autocratique dont le leader ne prend le chemin de Bruxelles que porté par les intérêts économiques.

Et puis considérons les lendemains de ces élections, en Catalogne, qui confirment malgré, ses divergences, la vigueur du mouvement populaire en faveur de l'indépendance. Il consacre, non seulement l'échec du gouvernement central, de  Madrid, mais plus profondément encore, celui des partis de gouvernement, de la droite aux socialistes. Tentons de laisser de côté ce qui pourtant continue de jouer un rôle crucial dans ce mouvement, le poids de l'Histoire, la mémoire de la guerre civile, et les injustices d'un système décentralisé qui a ignoré, au lendemain du franquisme, la singularité de l'économie catalane, au moment où renaissait en Espagne la démocratie .. Et, considérons les aspirations d'au moins la moitié de la population. Son vote, que cela plaise ou non, traduit la force de l'aspiration à une reconnaissance identitaire. Un besoin d'être reconnu pour sa différence, à commencer par celle de la langue qu'on aurait tort de railler même si sa défense peut parfois être véhémente. Ce simple constat pousse, parfois, à associer catalanisme et populisme...Il est sans doute excessif, mais voilà en tout cas un vrai sujet de réflexion pour l'Union européenne qui ne saurait réduire sa ligne de conduite à un discours pur et dur sur la défense de l'unité des Etats. Ne serait-ce pas le moment de réfléchir à ce que pourrait être l'apport de toutes les identités à une Europe des cultures qui traduirait la richesse de ses Régions et soulignerait la vigueur et la supériorité de nos démocraties face, par exemple à une Russie qui n'en a cure? Une des figures du mouvement occitan, l'ancien conseiller régional David Grosclaude le dit à sa façon au lendemain des élections en Catalogne: " le message envoyé est celui d’une autre Europe, gouvernée autrement que par un club privé de chefs d’États et de gouvernements qui sont solidaires, quoi qu’il arrive." Le propos paraîtra excessif mais il fait écho, quelque part, à ceux qui rejettent le trop d'Europe "normative" et à ceux qui déplorent qu'elle ignore les peuples qui la composent et qu'un parlement lointain, élu tous les cinq ans, ne suffit pas à représenter.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 23/12/2017