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Société | Les petites merveilles d'Aqui! - Sable et confettis pour la nouvelle année !

A l’entrée même de la descente vers la plage, un arbre d’un genre nouveau. Un étrange bouquet de cordes de plastique

Et voilà qu’elle reprend du service… Mon petit bolide rouge, pas chic mais pratique n’est pas peu fière ! « On va faire un tour à la plage ? » Beh oui, il serait temps ! Réveillons et agapes n’auront pas raison de nos bonnes résolutions. Allez un peu d’air frais, mais pas trop. La tempête est déjà passée… Si j’avais su…

Nous voilà dans la voiture. Pour une fois c’est François qui conduit. Avec belle-maman, devant. Réguliers comme une berceuse, les Pins, fièrement alignés et solidaires, rythment la route, les uns à côté des autres. Cette fois Eléanor n’aura pas eu le dernier mot. Enfin, en Aquitaine.

Coincée, à l’arrière, entre mes deux grands, je voyage à l’égyptienne… Une épaule devant, une derrière, je regarde le paysage. En biais. Fabuleuse pour les déménagements d’étudiants, ma voiture ne fait pas le poids. Petits élevés aux grains du Sud-Ouest. Epaules légèrement épanouies. « On peut baisser le chauffage ? ». Chaleur humaine. Les blagues fusent à l’arrière. Bonne humeur et détente, c’est déjà la fin des vacances de Noël. Enfoncée dans ma doudoune et mon écharpe… j’ai le sourire d’une oreille à l’autre. « Alors, Moliets ou Messanges ? ». Face au brouhaha de réponses… François, serein, continue sa route. « Hey mais par où tu passes ? ». Petite route sinueuse… elle épouse les dunes. Monte, tourne, redescend… Rien à voir avec les grandes lignes droites des routes landaises. De tous côtés des pins, encore des pins. Toujours verts et mystérieux. Les ajoncs pointent déjà leurs premiers boutons de fleurs jaunes. Seule, la lumière rasante laisse penser que nous sommes au beau milieu de l’hiver. Et puis, là, au bout, remplissant subitement à la fois l’horizon et le pare-brise… une montagne de sable, traversée par un grand filet d’eau. S’élargissant vers le soleil couchant, le courant de Huchet se découvre après quelques méandres. Simple, apaisant, il se déverse dans l’océan, tout juste remis de sa première vraie tempête hivernale.

Après quelques pas, apparaissant les uns après les autres, et jonchant le sable… des confettis de toutes les couleurs. « Oh comme c’est joli ! C’est coloré, c’est gai… » Et puis les confettis se font de plus en plus nombreux. S’agglutinant à des algues, puis des bouts de bois… ils deviennent de plus en plus gros. Grossiers, même. Des reliques de plastiques de plus en plus nombreuses. Des bouts de tuyaux, du polystyrène, des restes de gants en caoutchoucs, une tong d’enfant comme neuve. L’hypermarché du plastique-détritus s’étend là, sous nos yeux déconcertés. Même, et en grand nombre, des sortes d’entonnoirs servant pour l’élevage des huitres. Mais qu’avons-nous fait pour en arriver là ?! Des cordons entiers mêlant plastiques, bois, cordes, algues… bordent les pieds de dune sur des centaines de mètres, non-stop !

Des cordons entiers mêlant plastiques, bois, cordes, algues… bordent les pieds de dune sur des centaines de mètres, non-stop !


Le souvenir des plages de mon enfance, goudron sous les pieds, remonte à la surface. Perdues, improbables… des méduses figées gisent au milieu des déchets colorés. Humblement, rassemblant le peu d’énergie qui leur reste, elles essayent de rivaliser de couleurs avec ces confettis grossiers et polluants.

Alors, longuement, sans un mot nous longeons la plage, longeons ces cordons de déchets mêlant bois, algues, méduses et plastiques… Sans voix.

La tempête n’a pas fait tomber d’arbres, cette fois. Elle a seulement poussé, roulé, amassé sur ce sable tant aimé des estivants, les déchets que nous laissons s’évanouir (croyons-nous) dans la mer.

A l’entrée même de la descente vers la plage, un arbre d’un genre nouveau. A plus de 2 m. de hauteur au bout d’un grande branche, fichée dans le sable, un étrange bouquet. Enchevêtrés, bouts et cordes de plastique nous narguent ! « Regardez donc un petit échantillon de ce qui vous attend. Là-bas au bout du chemin. » On ose à peine le voir. On baisse les yeux… de honte.

Alors, le retour dans mon petit bolide rouge, pas chic mais pratique se fait plus silencieux. Chacun dans ses pensées. Certains ont tweeté, d’autres ont posté sur FaceBook… Chacun à sa manière a tenté de traduire et transmettre le choc. Et dire que ce n’est qu’une infime, si infime part de ce que l’on nomme le 7ème continent… !

La route défile. Transperçant les pins d’une lueur d’un rouge sombre orangé, le coucher de soleil finit par nous réconcilier. Dernier clin d’œil à cette promenade de dimanche… faite de sables, de confettis et de petite, si petite !… prise de conscience consternée.

Alice
Alice

Crédit Photo : Alice

Publié sur aqui.fr le 20/01/2018