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Agriculture | Zones défavorisées: les agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques montent au créneau

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Après les manifestations de leurs voisins d'Occitanie, mais aussi Lot-et-garonnais ces derniers jours, les agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques ont à leur tour partagé leur colère quant au projet de réforme des zones défavorisées. Venus des quatre coins du département et pour quelques un des Landes, ils étaient 150 à 200 à s'être mobilisés, tout au long de la matinée et une partie de l'après-midi ; tracteurs, fumier et pneus à l'appui, sous les couleurs de la FDSEA et des JA. Une inquiétude bien comprise au niveau politique régional : Jean-Pierre Raynaud, vice-président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge de l'Agriculture, rencontrera Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, demain vendredi 9 février à Paris. Objectif : demander un réexamen du zonage proposé par l'Etat dans la région.

Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs français travaillent, à la demande de la Commission européenne, à une redéfinition des zones défavorisées, afin d'avoir une meilleure harmonisation de ces aides au niveau européen, tout en mettant à jour un classement élaboré en 1976. Une réforme de la cartographie de ces zones qui ne va pas sans faire de mécontents dans les campagnes de France et de Nouvelle-Aquitaine. Et pour cause, de cette cartographie dépendent des compensations touchées par les agriculteurs, principalement des éleveurs, qui sont installés sur ces zones dites défavorables.
La Nouvelle-Aquitaine serait la région la plus impactée par cette nouvelle cartographie, avec 2.000 éleveurs qui ne bénéficieraient plus de l'Indemnité Compensatrice de Handicaps Naturels (ICHN) dès 2020, « ce qui représenterait pour ces exploitations une perte nette de 15 M€ par an », calcule le Conseil régional.
Concrètement, plusieurs zones importantes d'élevage de Dordogne, de Lot-et-Garonne et des Pyrénées-Atlantiques perdraient le bénéfice de cette indemnité qui, bien souvent, représente une part substantielle du revenu de la majorité des éleveurs concernés. De même, selon les données du Conseil régional, l'ensemble du département des Deux-Sèvres serait déclassé...

De 121 à 150 communes classées: une amélioration de façade
Dans les Pyrénées-Atlantiques, ce qui provoque le colère du Président de la FDSEA, c'est qu' « aux critères de handicaps naturels tels que par exemple, les sols pierreux, donc moins fertiles, les pourcentages de pentes, les zones à sécheresse récurrentes, etc, on nous impose des critères économiques, qui entraînent des déclassements de zones. Il ne faut pas dépasser 1858€ de revenu par hectare et par an. Notre département a un revenu à l'hectare qui est supérieur à ça, mais si on regarde les revenus par exploitations, nous sommes au 84ème rang national... » Un double constat qui s'appuie explique-t-il, sur des productions à forte valeur ajoutée, mais réalisées par des exploitations de petite taille, là où d'autres départements français connaissent certes des exploitations agricoles ayant des revenus à l'hectare moins importants, mais s'étendant sur de bien plus grandes superficies.
Sur le classement de 1976, 121 communes des Pyrénées-Atlantiques sont classées. Désormais depuis un an, ce sont 150 communes qui ont pu être « récupérées » dans la cartographies, précise le syndicaliste. Mais, l'augmentation du nombre de communes classées, n'est qu'une amélioration de façade pour les manifestants de ce jeudi. Et pour cause : le nombre de communes, n'est pas proportionnel au nombre d'éleveurs bénéficiaires de l'ICHN. « Les 121 communes classées sous le régime encore en cours représentent 1266 éleveurs, les 150 communes classées par la réformes en représentent 1145. », pointe Bernard Layre. « Sur les 121 communes, 49 sont sorties du classement par la réformes et 80 sont ajoutées. Mais dans ces nouvelles communes classées, il y a des villes qui n'ont pas d'agriculteurs, comme Bayonne, Biarritz ou Anglet par exemple... ça n'a aucun sens! », s'agace avec lui Iban Pebet, Président des JA 64.

« Prêt à agir ou réagir »
Quoi qu'il en soit, 120 ou 150, l'objectif pour les deux hommes est d'obtenir le classement de 300 communes du département, car au-delà de l'obtention de l'aide de compensation qui représente un enjeux de 4000 à 5000 € par an par éleveur, c'est aussi une question d'aménagement du territoire, soulève Iban Pebet. « Ces terres ce sont principalement des zones d'élevage. Si elles ne sont pas classées au titre des handicaps naturels, l'élevage de ces coteaux va petit à petit disparaître, et elle ne vont plus être entretenues ». Un risque aussi d'une désertification rurale accentuée, d'autant que le critère du classement entre aussi en ligne de compte pour la dotation jeunes agriculteurs. Pour les candidats à l'installation dans ces zones, l'aide à l’installation peut se voir majorée jusqu'à 5000 €, précise le président des JA du département. « A tous les points de vue, c'est un combat vraiment légitime », conclut Gérad Layre qui se dit « prêt à agir ou réagir », en fonction de l'arbitrage final qui sera connu mercredi 15 février prochain. « On peut faire comme en Occitanie, on peut organiser des blocages pendant plusieurs jours. Aujourd'hui ce n'est qu'un échantillon !» ajoute-t-il d'autant plus motivé que les occitans ont obtenu gain de cause auprès du gouvernement ce jeudi.

La Région au côté des agriculteurs
En attendant la date fatidique du 15 février, les politiques se sont eux-aussi mobilisés. Outre la réunion de demain, en présence de Jean-Pierre Raynaud, Alain Rousset a d'ores et déjà fait part auprès du Premier Ministre de sa « vive inquiétude suite aux dernières propositions de révision de zonage formulées par ses services », et l'a alerté sur les conséquences sociales, financières et environnementales de cette réforme. Au côté des agriculteurs, il demande à ce que les propositions de zonage soient réexaminées. « Elles auraient pour conséquences, si rien n'était fait, d'entraîner une régression notable de l'élevage dans des zones intermédiaires, de conduire à des pertes significatives d'emplois en milieu rural et d'aboutir à des impacts négatifs sur l'environnement et sur l'attractivité de nos territoires. » indique-t-il dans un courier en date du 6 février.

En 2016, 11.500 éleveurs ont bénéficié de cette ICHN en Nouvelle-Aquitaine pour un montant total de 92 millions d'euros. Ils représentent plus de 20% des bénéficiaires.

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 08/02/2018