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Culture | À la Cité du Vin, la musique coule à flots

Maître des Cortèges, La procession du boeuf gras, dit aussi La fête du vin, 1640.

Après les bistrots en 2017, la Cité du Vin vient d’inaugurer sa deuxième exposition temporaire consacrée, cette fois-ci, aux liens entre vin et musique. Fruit de trois ans de recherches menées par la commissaire Florence Gétreau, le parcours traite de six thématiques différentes, autour de l’opéra notamment. Il rassemble 150 œuvres, prêtées par la Bibliothèque nationale de France et d’autres musées européens, de l’Antiquité au XIXe siècle. « Le vin & la musique : accords et désaccords » est visible jusqu’au 24 juin 2018 à Bordeaux.

Les grappes de raisin dégoulinent des tableaux, de magnifiques couronnes de feuilles de vigne dorées sont disposées dans les vitrines, à côté des amphores romaines, et le « Triomphe de Bacchus », un opéra de Lully (XVIIe siècle), se fait entendre. C’est dans un décor enivrant de bacchanales que « Le vin & la musique » démarre. Pour la musique, la Cité du Vin a choisi une robe rouge, en teintant de pourpre ses panneaux d’explication et en plaçant des rideaux de velours vermillon devant les trois cabinets d’écoutes collectives qui rythment l’exposition, en plus des casques d’écoute individuelle.

Vielle à roue trapézoïdale, basse de viole, musette, ou encore double virginale. Ces drôles de noms correspondent à des instruments de musique de l’époque moderne. Certains sont même très rares : le double virginale, une sorte de clavecin appelé ainsi car il était souvent utilisé par des jeunes filles, est un de cinq exemplaires existant dans le monde et a été prêté, après de longues négociations, par un musée de Nuremberg (Allemagne).

« Pour voir de bons refrains éclore, buvons encore », assurait Armand Gouffé, membre de la société chantante du Caveau à Paris au XIXe siècle. C’est là que le vin entre en jeu. Dans ses réunions, le groupe, composé essentiellement d’hommes, esquissait des milliers de partitions, en enchaînant les bouteilles. Certains airs du Caveau sont diffusés dans un cabinet d’écoute collective : ils ont été enregistrés spécialement pour l’occasion.

Alcool gai, alcool triste

L’alcool inspire, donc, et désinhibe. À l’intérieur des bordels, les hommes alternent entre prostituées, vin et musique, dans les tableaux des écoles du Nord. Certains mélomanes n’hésitent, d'ailleurs, pas à modifier les paroles d’opéras classiques, en témoignent les nombreux livrets de partitions ponctuant le parcours, transformant ainsi des paroles châtiées en propos franchement orduriers.

Fini l’insouciance des bacchanales, place à la pesanteur du temps qui passe. Les rides qui strient le visage d’un vieil ivrogne au nez rougeaud du « Musicien à l’alcool gai » de l'atelier d’Hendrick ter Brugghen (début du XIIe siècle). Les instruments sont poussiéreux, les cordes cassées et les verres, à moitié plein. L’alcool triste en somme. Un parcours à l’image de l’enivrement, qui commence par une mise en ambiance sous la protection de Bacchus, à laquelle la musique vient s’ajouter, puis la débauche et enfin, le retour tragique à la sobriété.

Dans une moindre mesure, le visiteur est invité à prendre part au voyage avec une visite guidée organisée tous les jours et qui se termine par une dégustation sur des airs de Mozart et Rameau. Un atelier pour adulte permet aussi de déguster sur des chansons plus contemporaines de Brassens, notamment. Sans boire, le jeune public de 8 à 12 ans peut, quant à lui, créer sa propre maquette d’opéra dans une animation. Le tarif du billet pour l'exposition est de 8 euros. 

Alix Fourcade
Alix Fourcade

Crédit Photo : ©RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Mathieu Rabeau.

Publié sur aqui.fr le 30/03/2018