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Edito | Une démission passée trop inaperçue

L'attentat de Carcassonne et Trèbes, l'héroïsme du lieutenant colonel Beltrame et l'élan d'unité nationale qu'il a suscité ont relégué au second plan un geste pourtant lourd de sens, ce 27 mars, la démission du maire de Sevran en Seine-Saint Denis, Stéphane Gatignon. Un élu engagé dans sa cité qu'il s'efforce, comme d'autres dans les banlieues françaises, de faire « vivre ensemble », lançant cet appel aux accents désespérés : « il faut faire péter le ghetto ». D'un président à l'autre, d'une majorité à la suivante, il n'en peut plus d'attendre une politique de la ville qui, posant les problèmes de fond, propres à cette autre France, soit enfin considérée comme la priorité des priorités, au lieu et place d'une sorte « de mépris de l'Etat » Et l'élu de renvoyer vers les belles paroles de campagne d'Emmanuel Macron à qui il accorde encore, pour peu de temps, le bénéfice du doute. En l'attente du rapport commandé par le pouvoir à un certain Jean-Louis Borloo qui s'y connaît en la matière et dont on veut croire qu'il ne fera pas dans la langue de bois.

Est-il besoin de rappeler les enjeux d'une forte relance d'une stratégie de retour de la société banlieusarde dans le plein giron de la République ? Et qui ne peut que rencontrer un écho auprès de ceux qui se battent pour tenter de la maintenir à flot dont nous croisons beaucoup, ici, dans nos périmètres métropolitains ou d'agglomération, qu'ils soient élus de proximité ou animateurs et médiateurs, notamment auprès de trop de jeunes, sans autre horizon que le pied de quelques immeubles et qui ont basculé dans l'économie parallèle. Celle de la drogue qui a ses réseaux, son organisation, sa hiérarchie et ses salariés...

Les causes sont connues, à commencer par l'écartèlement des structures familiales, le nombre impressionnant de familles mono-parentales, le désœuvrement qui compliquent les apprentissages scolaires et catégorisent des générations qui baignent dans la culture de l'échec et sont entretenus dans l'idée qu'ils n'ont que peu, ou pas, d'avenir au sein de cette société. Le drame, car c'en est un que l'on ne veut pas reconnaître vraiment, vient de ce que l'on cantonne trop souvent les tentatives de réponse à des opérations de rénovation urbaine. Elles sont certes utiles, mais laissent de coté la question de la reconquête de territoires connus qui sont autant de lieux propices à une délinquance où ne peut que prospérer le repli communautaire. Des espaces identifiés où la police souvent, faute de moyens, ne se risque pas et où perdure une sorte de statu quo dont on s'accommode tant bien que mal. Bien entendu, une politique de la ville ne saurait se réduire à la répression contre le fléau de l'économie parallèle mais elle en est souvent un préalable, ne serait-ce que pour aider à mieux vivre ces habitants de banlieues qui sont attachés à leur chez soi ; l'autre grande bataille à gagner, c'est l'ouverture de ces territoires périphériques à la découverte de la création d'activités, de l'entreprise, en se servant, en premier lieu, du potentiel du numérique et ainsi de tout faire pour casser cette fatalité de l'échec inéluctable, en embarquant ces 25% d'une population dont le maire de Sevran rappelle qu'elle a moins de quinze ans !...Relever ces défis, n'en doutons pas, c'est aussi s'attaquer aux racines possibles de ce terrorisme que l'on croit impossible près de chez soi.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 01/04/2018