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Edito | Bergeronnette printanière qu'es-tu devenue?... Le mot de biodiversité au contact du réel

Il arrive que le réel, tel qu'on l'observe et le vit, fait écho de façon étonnante aux rapports et discours alarmistes concernant la biodiversité. En l'occurrence, il s'agit du sort des oiseaux dont les études récentes du CNRS et du Muséum d'Histoire Naturelle révèlent que ces quinze-vingt dernières années près d'un tiers des passereaux ont disparu de nos campagnes. Et, voici qu'il y a une semaine, au jardin, ouvrant à la charrue un sillon pour y planter des pommes de terre, je m'étonnais de ne voir se poser sur le frais labour qu'une seule et unique bergeronnette attirée par quelques possibles petits vers ou insectes, là ou d'ordinaire deux ou trois couples se précipitaient au seul bruit d'un tracteur.

Désolant constat qui vaut pour bien d'autres espèces, les moineaux ou le rossignol des murailles, par exemple, dont c'est miracle quand on en aperçoit un chercher à installer son nid dans le creux d'un pilier de maison en pierre de taille. Désolant constat qui conduit à s'interroger sur les causes et renvoie, en particulier, à l'usage intensif de produits herbicides et insecticides qui, en éliminant les mauvaises herbes et les insectes volants, sont à l'origine de déséquilibres dans l'alimentation des oiseaux. Et ne parlons pas des abeilles.... Pour autant, le cri d'alarme des scientifiques, au premier rang desquels Vincent Bretagnolle chercheur dans les Deux-Sèvres, n'est pas désespéré. Encore faut-il savoir protéger les zones humides, le bocage, les bosquets et ne pas être obsédé par le moindre brin d'herbe qui pousse au jardin. D'ailleurs, là où les circonstances ou les choix politiques ont permis de préserver les milieux naturels, la faune et la flore s'en portent mieux et sont bien vivantes. On pense, dans le périmètre de la métropole bordelaise, au Parc des Jalles, à la réserve naturelle de Bruges, au travail à but également pédagogique de l'association « Cistude nature », basée au Haillan, qui fait bien plus que de protéger la petite tortue d'eau douce. On pense à la défense de l'extraordinaire diversité des fruits que le Conservatoire végétal régional illustre, si utilement, à Montesquieu, en Lot-et-Garonne.

La lutte contre l'étalement urbain, la sauvegarde des espaces agricoles, souvent rongés au profit d'un bâti pavillonnaire qui prend trop peu en compte, ou pas du tout, le respect des espaces naturels, doivent devenir plus que jamais des priorités. La Nouvelle Aquitaine, première région agricole de France et d'Europe, où la prise en compte de la biodiversité est réelle, et pas seulement à travers la création d'une agence régionale, a la volonté d'être en pointe de cette sauvegarde, essentielle non seulement aux oiseaux mais à l'ensemble des écosystèmes, porteurs d'équilibres de vie. Il faut s'en réjouir, être attentif à ses engagements et partager son désir de travailler, en bonne intelligence, avec les agriculteurs et leurs représentants. 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 22/04/2018