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Politique | Biodiversité en Nouvelle-Aquitaine : Ecobiose remet sa première copie

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C'est à Cap Sciences que le GIEC Ecobiose, comité scientifique régional sur la biodiversité et les services écosystémiques, a choisi de présenter, hier, ses premiers travaux. Créé en janvier 2017, à l'initiative du Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine, il regroupe une centaine de scientifiques et s'est fixé pour objectif d'analyser le rôle de la biodiversité dans le fonctionnement et la pérennité des sociétés humaines. Et le cas échéant, d'anticiper les conséquences pour l'homme de l'érosion de cette biodiversité. Une expérience menée, pour la première fois, au niveau de la région et dont la première partie concerne la « biodiversité en territoires de plaines et grandes cultures ». Une thématique importante pour la Nouvelle-Aquitaine, première région agricole de France et d'Europe.

Créé en 2017, le « GIEC Biodiversité » baptisé Ecobiose -une déclinaison de l'IPBES, plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques-, regroupe une centaine de scientifiques et s'est fixé pour but d'évaluer la situation en la matière en Nouvelle-Aquitaine. Traitant de la « biodiversité en territoires de plaines et grandes cultures », la première partie de ce rapport dont la totalité sera remis en 2019, est un sujet sensible pour la Nouvelle-Aquitaine, première région agricole de France et d'Europe. « La Nouvelle-Aquitaine, c'est 1/8 de la superficie du territoire métropolitain. Un territoire occupé à 84% par des zones agricoles ou forestières », précise d'emblée Vincent Bretagnolle, écologue et coordinateur du programme Ecobiose. « On dit que l'agriculture impacte sur la biodiversité mais elle est aussi dépendante de cette dernière », poursuit-il. Ainsi, les parcelles qui ont 25 fois plus de pollinisateurs enregistreraient-elles des hausses de rendement (colza et tournesol) de 30% à 40%. « Ce qui correspond à une augmentation du gain économique de 200€ à 300€ par hectare », note le scientifique. Idem, le vers de terre serait capable d'augmenter de 25% le rendement d'un terrain en contribuant, notamment, à la dénitrification de l'eau. Problème, la biodiversité connaît, depuis quelques années, un fort déclin ; un phénomène que le monde scientifique n'hésite pas à qualifier de 6em extinction massive des espèces. « Dans les quinze dernières années, on a perdu 1/3 des oiseaux et au cours des trente dernières, 80% des insectes volants et 95% des serpents ont disparu », se désole Vincent Bretagnolle. Une hécatombe à mettre en relation, selon les experts, avec la forte diminution, au cours des cinquante dernières années, des exploitations agricoles (80% à 90% de moins). « La diminution du nombre de parcelles entraîne une augmentation de superficie de celles qui restent (multipliées par 10 à 20, selon les régions, au cours des 30 ou 40 dernières années). Une uniformisation du paysage qui est un frein au maintien de la biodiversité », explique-t-il.

Des politiques publiques inadaptées

Lourde de conséquences, cette chute de la biodiversité ne semble pas, contrairement au réchauffement climatique, susciter l'intérêt des décideurs. Le rapport qui sera remis, dans son intégralité l'an prochain, représente aussi, au vu des résultats obtenus, une opportunité d'attirer l'attention des politiques afin que le problème soit enfin pris en compte par la législation. « Les régions n'ont pas de pouvoir réglementaire », rectifie Alain Rousset. « Les seuls à pouvoir légiférer, sont les gouvernements ». La région Nouvelle-Aquitaine ayant cependant, déjà mis en place plusieurs initiatives pour lutter contre ce fléau. « Jusque là, on portait surtout la réflexion sur les réserves naturelles et l'agriculture biologique. Je pense qu'il faut qu'on aille au delà et accompagner l'agriculture vers un mode de transition agro-écologique », poursuit-il, évoquant Chizé, centre de recherches biologiques à ciel ouvert.

Autre exemple, celui de la mortalité des abeilles, « un vrai défi à relever ». « En Italie en 2008, dès la preuve des conséquences des néonicotinoïdes sur les pollinisateurs, ils ont été interdits. Comment la France peut-elle, aujourd'hui, défendre des produits dont on connaît la nocivité et que d'autres pays ont eux-même arrêté ? » Le président de région ayant d'ailleurs proposé, la semaine dernière à Emmanuel Macron, que la Nouvelle-Aquitaine (à laquelle se joindrait la Bretagne), devienne région pilote pour le retour des abeilles et autres pollinisateurs. Concernant la viticulture, une convention sur la sortie des pesticides a été signée entre la Région, la chambre d'agriculture de la Gironde et le CIVB. « Mon souci est de passer d'un mode incantatoire et expérimental à un mode systémique et massif », conclut le Président qui a fait de la défense de la biodiversité, une priorité politique.

Emmanuelle Diaz
Emmanuelle Diaz

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 19/06/2018