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Culture | Raymond Mauriac, le frère de l’autre de Patrick Rödel

Raymond Mauriac, le frère de l'autre

L’histoire de la littérature n’est pas avare de familles d’écrivains, frères et sœurs, parents et enfants : elles sont célèbres et reconnues, les Brontë, les Goncourt, les Mann, les Amis, les Rolin…Des Mauriac on connaissait le père, François, les fils et la petite-fille. Patrick Rödel a mis à jour, littéralement, un frère romancier du prix Nobel 1952 ; il s’appelait Raymond, frère aîné d’une fratrie forte de 5 enfants, il connut une fortune littéraire tardive (à 54 ans) dans les années 1930, sous un nom d’emprunt, Housilane.

Et sa carrière fut brève : deux romans, le premier surtout (Individu réédité par le Festin, en même temps que cette biographie imaginaire) qui eut un prix et fut salué par la critique, puis plus rien. Rödel s’est amusé à combler les béances d’une vie fort discrète ; dans l’ombre de son frère célèbre ? Non pas, mais un itinéraire presque dans la lignée des pâles vies de papier du brillant François. Il y a dans le roman de Patrick Rödel la vérité chronologique d’une existence sans aspérités ; ainsi que, posée côte à côte, toute la construction fictionnelle induite à la fois par les documents consultés dans les archives familiales, et par les phrases assassines de F. Mauriac sur Raymond, débusquées au milieu de son abondante prose, en particulier dans son fameux Bloc-notes. Il en ressort une vie plutôt étriquée, construite sur le terreau de l’insatisfaction permanente : une vocation littéraire tôt ressentie (sur le troublant modèle du père disparu très jeune), étouffée par l’injonction maternelle de reprendre le cabinet d’avoué de l’oncle. Et ce seront ensuite les discrets coups de pattes distillés par son frère lors de la parution de ses deux livres. Il faut imaginer Raymond malheureux, dans ses longues promenades solitaires dans la forêt landaise, dans son vain essai, au sortir de la guerre, pour relancer sa carrière. « Chacun est dans sa case » constatait-il avec amertume. Des limbes littéraires où gisent tant d’itinéraires méconnus, Patrick Rödel a ressuscité avec talent un parcours de vie particulier, en même temps qu’en creux, il nous dresse un tableau balancé de la famille Mauriac.

Bernard Daguerre
Bernard Daguerre

Crédit Photo : Mollat

Publié sur aqui.fr le 22/06/2018