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Edito | Repolitiser la question climatique

Canicule quand tu nous tiens...Nous enchaînions les années les plus chaudes, depuis 2015, et maintenant nous allons en ajouter une : 2018. Un millésime qui faute d'un peu d'eau ne fait guère grossir les graines de raisins en ces temps où, à la vigne, la véraison se signale mais surtout qui, à nos yeux, marque un moment dans l'accélération de phénomènes, à l'échelle planétaire. Ne demandez pas aux Suédois s'ils croient ou non au réchauffement climatique: ils le vivent et leurs réactions sont plus qu'inquiètes. Ils ont vu les incendies courir le long du pays et voient fondre leur plus haut sommet glaciaire dans le cercle arctique. L'un de leurs plus éminents météorologues affirme que "la chaleur extrême est cent fois plus fréquente aujourd'hui qu'elle ne l'était dans les années 1950, 1960 et 1970. Et, pendant ce temps-là, la Californie brûle et un certain Donald Trump ordonne que l'on reconsidère à la hausse les consommations autorisées de carburant pour doper l'industrie automobile américaine... Nous sommes donc bien loin de l'accord de Paris et, d'ailleurs, le ministre Nicolas Hulot regrettait dans une manière de bilan contesté que la France ait émis trop de gaz à effet de serre en 2017. D'un peu partout montent des cris d'alarme, le plus souvent sur le mode désespéré: c'est foutu, l'humanité est entrée dans sa phase inarrêtable d'extinction.

Il y a quelque chose de terrible dans ce genre de propos défaitistes. Pour deux raisons au moins.

D'abord, parce qu'en effet les signes sont nombreux qui attestent de l'amplification des dérèglements climatiques, à commencer par la géographie des zones de plus en plus exposées à l'élévation du niveau des océans ou encore l'effondrement de la biodiversité qu'il ne faut pas aller bien loin pour constater.

Ensuite parce qu'ils engendrent le plus souvent un sentiment d'impuissance face à la dimension mondiale du problème plutôt qu'ils ne mobilisent les populations.

Que peut bien faire le citoyen alors que l'égoïsme des nations, et la loi du capitalisme financier, rendent invraisemblables la solution à l'échelle de la planète, la baisse drastique de ces émissions de gaz à effet de serre, responsables aux deux tiers du réchauffement actuel ? Subir et subir encore dans les pays dont les peuples luttent déjà pour la survie. Et pester ou se désespérer, ici, chez nous en se satisfaisant, ici et là, de progrès qui montrent des voies possibles mais sans jamais atteindre les niveaux qui montreraient que l'on peut rompre avec nos façons de vivre, d'agir, de créer. Qu'il s'agisse des transports, de nos consommations d'énergie, de notre façon de respecter un des biens dont on sait qu'il deviendra de plus en plus rare, l'eau, de nous chauffer aussi. Et, pourtant, qui ne voit l'intérêt de s'engager, chacun à sa façon, et bien sûr selon ses moyens, dans la voie d'une frugalité qui peut être heureuse?

A cet égard, dans les tout prochains mois, il va falloir prêter attention à la tournée que va entreprendre, dans plusieurs villes de Nouvelle-Aquitaine l'équipe « d'Acclima Terra ». Sous la houlette de l'éminent climatologue bordelais Hervé le Treut, elle a approfondi le travail qui avait déjà donné lieu, en 2013, à un premier rapport « Prévoir pour agir » et décline, maintenant, une série d'anticipations face aux changements climatiques, à l'échelle de la grande Région. Et entend le faire, en multipliant les occasions de donner, justement, la parole aux citoyens, en souhaitant une participation devant conduire «  à repolitiser la question climatique comme choix d'un destin collectif... ». Belle perspective que nous suivrons pas à pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 04/08/2018