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Edito | Il est là, il arrive des USA le journalisme enfin impartial: merci l'Intelligence Artificielle ..

N'en déplaise à Cédric Villani je ne suis pas le chantre de l'Intelligence Artificielle, cette fameuse IA qu'on nous promet ou plutôt qui a déjà investi plein de champs de notre vie de plus en plus digitalisée... C'est pourquoi en ces jours d'août, propices à l'enfermement choisi, à l'abri des murs épais de nos vieilles maisons en pierre de taille, j'ai ouvert entre curiosité et circonspection la dernière livraison ( printemps-été 2018) de "méta-média" que l'ami Eric Scherer, directeur de l'innovation de la Prospective et du MédiaLab à France Télévisions publie, à la fois avec une acuité universelle et l'esprit critique du journaliste qui en a vu beaucoup. Or, quand j'ai vu le titre de la revue, "Vite, remettre de l'humain dans la tech!", je l'ai ouverte avec l'empressement de ceux qui ne se lèvent pas, chaque matin, en programment leur séance de "binge watching" dans la journée qui commence...

Eric Scherer, dans l'introduction à toute une série de contributions dont beaucoup très "technos" mais pas trop longues (!) l'avoue: " Vingt ou trente années de domination technologique ne se corrigent pas dans l'instant. La nouvelle trajectoire va être lente à trouver. Le rythme de l'évolution humaine ( biologique, culturelle, sociologique ) est bien moins rapide que celui de la technologie, sans cesse en renouvellement. Et l'éthique et la morale ne sont pas facilement informatisables. Reconfigurer internet tout en travaillant sur les humanités, c'est se confronter à l'inspiration créatrice, l'imagination, le grain de folie, la vulnérabilité, l'imparfait face au numérique froid. Faire en sorte aussi que les machines suscitent de nouvelles couches de créativité humaine sans la remplacer. Et Scherer d'ajouter ces recommandations qui doivent, à mon sens, être au coeur de notre réflexion sur cette démocratie que nous chérissons mais que d'aucuns, d'ailleurs de plus en plus nombreux, disent condamnée quand ils ne s'en réjouissent pas.: " Former et développer l'esprit critique, sauvegarder notre espace mental et notre conscience, inventer de nouvelles formes de sociabilité en dehors d'Insta ou de Snap, tout en protégeant notre condition humaine partagée, notre dignité, notamment celle des plus faibles. Car, si elles sont entamées, il sera plus difficile de résister aux totalitarismes, voire aux alliances de circonstances entre géants monopolistiques et régimes autocratiques".

Réconforté par ces mises en garde qui renvoient au rôle central de l'éducation, de l'école, mais aussi aux obligations professionnelles du journaliste, au souci de l'éthique qui doit être le sien, je me suis précipité dans la lecture de l'article que Barbara Chazelle du Média Lab de France Télévisions consacre à "Knowhere", "le site d'infos " made in USA " qui promet un journalisme impartial"..  Et l'auteur de rappeler que le baromètre de La Croix, de janvier 2018, affirmait que seuls 2% des Français souhaitent un journalisme affirmant un choix partisan. Vite ! l'IA va nous apporter la solution. En tout cas Knowhere va beaucoup plus loin que certaines rédactions qui, chez nous, ont recours à l'intelligence artificielle pour gérer les résultats sportifs ou boursiers.

Le journalisme, façon Knowhere, se donne tous les aspects d'une démarche sérieuse sinon pluraliste: certes le choix des sujets via la toile doit intéresser le plus grand nombre; la sélection faite l'Intelligence Artificielle parcourt plus d'un millier de sources différentes et crée une base de données du sujet choisi en s'assurant, plutôt, que d'autres médias l'aient déjà traité. Des grands de préférence façon New York Times. Les déclarations faites sur les réseaux sociaux ne sont pas prises en considération. Vient le moment de rédaction automatique de l'article.. Précision importante "sans biais humains" : une affaire règlée entre une et quinze minutes avant relecture par deux éditeurs et publication par l'éditeur en chef. Cerise sur le gâteau: L'IA va jusqu'à proposer trois perspectives - "gauche, droite, impartial" - pour les articles politiques et pour les sujets controversés et un titre, " positif, négatif ou impartial. Le meilleur des mondes journalistiques, sans journaliste en quelque sorte! Finie l'abominable subjectivité de celui-ci! L'objectivité qui lui est si souvent reprochée sortira de l'Intelligence Artificilelle.
Il serait temps alors de se préparer à nous éloigner des faits et des êtres, de renoncer à ce que nous avons appris et enseigné: l'importance de la rencontre, le propos recueilli et incarné, l'humanité riche et diverse, magnifique et décevante; il serait temps d'oublier qu'il n'est de respect du lecteur que dans le souci du pluralisme et des choix assumés... Allez! Ce n'est pas encore le cas et il y a tant de belles rencontres à faire...

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 18/08/2018