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Edito | La Grande inquiétude européenne des Juppéistes ...

Bordeaux s'est offert, ce week-end, le second millésime de ses « Vendanges » Ne nous méprenons pas... Il ne s'agit pas d'une récolte issue d'une vigne de cépage sauvignon qui serait arrivée à maturité au cœur de la cité. Non, cela se passe du côté des Graves et la promesse d'un 2018 de grande qualité est réelle. Le millésime en question est celui que les amis d'Alain Juppé ont produit ou du moins essayé de produire, sur fond de rentrée politique nationale. Ni Université, ni véritable séminaire mais des échanges nourris entre hommes et femmes politiques qui partagent, pour l'essentiel, les idées et les valeurs de celui qu'ils avaient, pour la plupart, soutenu lors de la primaire de la droite

 

Autour du maire de Bordeaux, à l'heure d'une conférence de presse très suivie, se pressaient entre autres Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, Fabienne Keller ou Maël de Calan qui avait défié Laurent Wauquiez pour la présidence des Républicains et qui vient de publier « La tentation populiste ». Une famille de centre droit qui, pour certains d'entre eux se reconnaissent chez En Marche ; pour le plus grand nombre, quelque part chez « Les Républicains » selon de subtiles digressions comme ce mouvement « Libres ! », cher à Valérie Pécresse.... Autant d'expressions possibles d'une droite divisée et peu disposée à faire la courte échelle au président Wauquiez dont le positionnement politique n'incarne d'ailleurs pas, aux yeux des Français, ce que doit être la droite.

Point besoin, par ailleurs, de chercher à tout prix un ralliement massif de ce groupe d'amis et de proches d'Alain Juppé à Emmanuel Macron. Certes, un relatif quitus lui est accordé ainsi qu'à son gouvernement à propos des réformes engagées à l'école par Jean-Michel Blanquer mais ce n'est pas le cas, dès lors qu'il s'agit d'économie ou de social. Les réformes réalisées sont saluées, sauf à juger plutôt sévèrement « l'insuffisance » des efforts sur la dépense publique dont «  la stabilité entraîne la stabilité du déficit structurel et des impôts qui restent parmi les plus élevés d'Europe et pénalisent la compétitivité des entreprises et le pouvoir d'achat des ménages. » Comme compliment, l'ancien ministre de l'Economie aurait pu espérer davantage de soutien.

Mais s'il est un terrain où les « Vendanges 2018 » ont affirmé leur credo, et ce n'est pas une surprise, c'est celui de l'Europe. L'ambition reste intacte, issue du corpus voulue par les pères fondateurs et, au-delà de la paix sur le continent, on notera que sont mis en exergue la notion « d'encadrement des flux migratoires, le renforcement de la politique nationale de défense et de sécurité, l'exemplarité écologique pour traduire les engagements de la COP 21 en actes, à partir de normes environnementales beaucoup plus exigeantes aux frontières de l'Union et le lancement d'une grande initiative de développement en faveur du continent africain... » Enfin, et ce n'est pas le moindre des constats inscrits dans les « conclusions » de l'amicale juppéiste : « la prolifération des mensonges populistes » préoccupe au plus haut point. Et encore : « L'union européenne peut disparaître et se disloque sous nos yeux... ; les valeurs essentielles sont malmenées par des régimes autoritaires ou populistes. Il ne peut y avoir la moindre compromission avec ceux qui menacent les fondements de l'Etat de droit, en Pologne ou en Hongrie. Si l'Union ne sanctionne pas les Etats qui violent ses valeurs fondamentales, elle se condamne. » Une manière de rappel nécessaire, tant les libertés sont en phase de régression au sein même de pays qui ont rejoint l'UE, à la faveur d'un élargissement qui n'a pas éliminé bien des vieux démons de l'époque communiste.

A considérer ce credo on pourrait croire, ou à tout le moins imaginer, dans la perspective d'élections européennes qui risquent d'être très compliquées pour un président et un gouvernement affaiblis, que la famille de centre droit qui ne se reconnaît pas dans la droitisation à outrance d'un Wauquiez vienne en renfort d'En Marche. Rien n'est moins sûr, en cette rentrée très incertaine pour le pouvoir. Redisons-le : beaucoup va dépendre de sa capacité à écouter le pays, celui d'en bas qui vit difficilement, où la pauvreté n'est pas un vain mot, où les territoires se sentent méprisés et où les maires déposent leur écharpe.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 09/09/2018