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Economie | Bordeaux : Vinexpo amorçe sa mue

Vinexpo

Lors d'une présentation en grande pompe ce mardi ayant réuni nombre d'élus et de responsables locaux, la grand-messe de Vinexpo a tenté de se reconstruire une image positive après les remous internes et économiques de ces derniers mois. L'édition 2019, qui se tiendra donc en mai prochain, a annoncé quelques nouveautés au menu, pour séduire autant les visiteurs que les exposants et rassurer sur la nouvelle implantation parisienne dont la prochaine édition est déjà prévue en janvier 2020. Retour sur les raisons et les conséquences directes de ce renouveau, qui se joue pour l'instant sur un exercice d'équilibriste.

Le "vaisseau amiral"

L'heure est au rassemblement. "Vinexpo Bordeaux reste le vaisseau amiral", a martelé ce matin Patrick Seguin, président de la CCI Bordeaux-Gironde lors d'une présentation de la vingtième édition de ce salon spécialisé qui se tiendra cette année du 13 au 16 mai 2019 (des dates avancées pour se positionner plus stratégiquement par rapport au calendrier des salons concurrents). Après les quelques remous créés à l'occasion de l'annonce de Vinexpo Paris et le départ du directeur général Guillaume Déglise en avril, le salon est de nouveau affiché comme un "rendez-vous clé" malgré des chiffres de fréquentation pour 2017 en nette baisse (2300 exposants et 40 000 visiteurs, soit une baisse de 11% par rapport à 2015, loin du Prowein allemand et de ces 60 000 visiteurs pour 6870 exposants). Derrière cette compétition de plus en plus féroce des salons professionnels consacrés au vin, Vinexpo a donc décidé de revoir sa stratégie et de stopper la course aux chiffres. Fini, le "Davos du vin" autrefois claironné. "On ne veut pas faire grande masse, on veut faire du premium. On veut jouer la qualité plutôt que la quantité. Sur Bordeaux comme sur Paris, New-York et Hong-Kong, toutes les surfaces sont en augmentation. Nous ne sommes pas en concurrence frontale avec Prowein, nous sommes dans un autre domaine", a répété Patrick Seguin.

En présentant Paris comme un salon complémentaire destiné à "combler un trou d'air et à montrer que Vinexpo est présent en France tous les ans", davantage centré sur la thématique des spiritueux, Vinexpo affiche clairement la couleur et tente de rassurer : non, le salon bordelais ne sera pas abandonné. "Vinexpo c'est Bordeaux et Bordeaux c'est Vinexpo", a même tenté Alain Juppé, en se "réjouissant de voir la détermination des organisateurs pour créer ce nouvel élan". Tout en comblant l'absence d'une direction générale encore incertaine dans ses nouvelles modalités, le salon s'autorise donc un début de refonte pour cette année 2019. Au premier rang desquels un lieu d'accueil renouvelé : le programme d'investissement pour la rénovation du Parc des Expositions a visiblement mis un pied sur l'accélérateur pour que les 14 000 mètres carrés du nouveau Hall 2 soient livrés en temps et en heure pour accueillir la manifestation. La ville de Bordeaux va d'ailleurs, comme cela a été annoncé, renforcer le pavoisement pour que le salon soit d'avantage visible. En coulisses, Vinexpo et le CEB (Congrès et Expositions de Bordeaux) ont signé un accord pluriannuel jusqu'en 2023 pour "favoriser le développement de la manifestation".

Un contenu "premium"

Mais le coeur de la nouvelle stratégie qui se dessine pour la manifestation bordelaise, c'est le contenu, le fameux "salon premium" vanté par les organisateurs. Pour faire venir davantage d'acheteurs et accroître la valeur marchande de la manifestation, les investissements vont "pratiquement doubler", a-t-on ainsi indiqué, sans en préciser les montants exacts (tout juste sait-on que le chiffre d'affaire de Vinexpo est aujourd'hui évalué à 17 millions d'euros). Là où Vinexpo Bordeaux espère se démarquer, c'est dans l'organisation d'un premier Symposium, censé accueillir des "experts internationaux". Il se trouve que pour sa première année, ce dernier a choisi un thème aussi porteur que clivant : l'impact du changement climatique sur la filière du vin et des spiritueux. La journée du 14 mai sera ainsi consacrée à toute une série de conférences centrées sur ce sujet. L'occasion pour le président de la Région Nouvelle Aquitaine, Alain Rousset, d'émettre un souhait plutôt ambitieux. "Nous avons signé il y a trois ans avec le CIVB une convention de sortie des pesticides. Je suis heureux d'entendre que les négociants partagent ces priorités. Si nous ne pouvons pas nous en débarrasser, nous allons au devant de graves inconvénients vis-à-vis de la concurrence. Je souhaite qu'on accélère la manoeuvre et qu'à travers Vinexpo nous fassions savoir que nous sommes la première Région d'Europe à s'engager pour un meilleur traitement viticole", a notamment souligné l'élu régional. "On veut que ce symposium devienne la marque de fabrique de tous les Vinexpo. Ca va se construire dans le temps et on pense y intégrer des outils numériques. On espère que ce sera une dynamique qui crééra un effet boule de neige", a rajouté le président de la CCI locale.

Autres nouveautés au programme : une opération "food meeting", autrement dit des rendez-vous de dégustation de produits régionaux durant le salon. Du côté des exposants, on semble avoir mis les petits plats dans les grands pour les faire revenir. Sans doute est-ce en réaction a un rapport de la Chambre Régionale des Comptes pointant notamment des résultats en baisse pour la SAS Vinexpo, malgré une bonne santé financière rappelée tout au long de la présentation de ce mardi. En 2017, les exposants étaient en effet moins nombreux (comme on l'a vu plus haut), le prix des stands étant une des raisons de ce désistement. Là-dessus apparemment, les organisateurs ne sont pas encore prêts à bouger, comme l'a exprimé Patrick Seguin. "Le prix de nos stands est le même depuis 2015. Ils ne vont pas baisser mais nous vendons du premium, ça a un prix. A Bordeaux pour l'instant, les choses se présentent bien.

Si Vinexpo réalise aujourd'hui son plus gros chiffre d'affaires à Hong-Kong et que le ticket d'entrée des 2000 exposants attendus ne bougera pas, quelques efforts ont visiblement été consentis par les collectivités territoriales et les différents partenaires extérieurs de l'évènement. Pour eux seront donc organisés "Les dîners du Palais (lundi 13 et mardi 14 mai) pour "accueillir leurs invités" dans le cadre (plutôt sélect) du Palais de la Bourse. Leurs vins seront bien évidement servis à table et accompagnés d'un menu élaboré par un chef étoilé (dont l'identité n'a pas encore été dévoilée). L'Office de Tourisme, de son côté, mettra en place un "CityPass Vinexpo" pour les participants au salon, avec une mise à disposition gratuite des transports en commun du réseau TBM et plusieurs avantages, notamment des entrées gratuites à la Cité du Vin et dans certains musées ainsi qu'un dispositif d'accueil à l'aéroport de Bordeaux Mérignac et à la Gare de Bordeaux Saint-Jean. Ces petites faveurs tentent aussi de ne pas oublier le grand public : ainsi, la Grande Dégustation, qui se tiendra au Palais de la Bourse la veille du salon, sera ouverte à tous. Bref, Vinexpo veut visiblement tenter de se réinventer à Bordeaux. Ne reste plus qu'à attendre le mois de mai pour savoir si le pari sera tenu.

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : RB

Publié sur aqui.fr le 18/09/2018