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Edito | Un remaniement très macronien sans " tournant ni changement " de politique

Tout cela pour ça: ce nouveau gouvernement sans poids lourds façon " Les Républicains", trois ministres virés dont on s'attendait à ce qu'ils le soient à la Culture, l'Agriculture, la Cohésion des Territoires, de bonnes manières faites au Modem qui hérite d'un poste stratégique avec Marc Fesneau, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, ce jeune homme qui s'était fait remarquer en s'opposant au président En Marche de l'Assemblée nationale désigné -pardon élu- Richard Ferrand. Ce Modem qui consacre, en l'élevant d'un cran, la responsabilité de Jacqueline Gourault aux territoires et collectivités, à un moment où le divorce entre l'Elysée et les élus locaux n'est pas loin d'être consommé. Un transfuge de la gauche, aussi, on allait l'oublier, Didier Guillaume, à l'Agriculture qui a laissé son étiquette socialiste à l'entrée du Sénat il y a quelque temps... Et puis, quand même, un spécialiste au ministère de la Culture Franck Riester, un homme de centre droit façon Juppé. Des têtes nouvelles, aussi, parfois très jeunes mais plutôt la quarantaine, en phase avec le boss, comme la girondine Christelle Dubos qui va épauler Agnès Buzyn et s'occuper de la pauvreté.

 

A entendre Emmanuel Macron, à 20h, s'adresser à la France on comprenait mieux ce schéma baroque qui a prévalu autour de ce remaniement façon nouveau monde. Il n'y avait pas lieu, en effet, pour tenter de purger l'onde de choc des départs successifs de Nicolas Hulot et Gérard Collomb d'une démission du premier ministre et de son gouvernement. Et, encore moins d'un discours de politique générale d'Edouard Philippe devant l'Assemblée. En effet rien ne changera et ne pourra changer... Au contraire et d'ailleurs, n'est-ce pas? ... "le pays n'a pas été bloqué" a dit le président, traduisons par les réformes qu'on lui a imposé. Il n' y aura ni " tournant, ni changement et que les Français soient rassurés il partage "leur impatience".

Cet exercice du 16 octobre, face caméra, et oeil sur de grandes pages au fil du discours, nous aura au moins appris qu'Emmanuel Macron peut faire dans le genre solennel et grave, sans laisser libre cours à sa propension à l'improvisation. Assurément, une volonté de sembler bon élève qui, pendant trois secondes au moins, au début de son propos a semblé vouloir regretter l'incompréhension de son "parler vrai".

Cela dit plus que son appel à garder confiance, et à épouser " le temps des institutions" - traduisons: je suis là pour près de quatre ans encore - on retiendra de cette intervention la très grande inquiétude du président face à la situation d'une Europe qui "bascule presque partout vers les extrêmes". Songeons à l'alliée allemande qui sort de l'élection en Bavière plus affaiblie que jamais pour accompagner les desseins d'Emmanuel Macron. Et, derrière l'appel qu'il a lancé à un rassemblement le plus large - évidemment pour les élections de mai 2019 - ll n'était pas difficile d'imaginer qu'il entendait s'éviter le piège d'un vote sanction, aujourd'hui pourtant prévisible, notamment si les résultats économiques ne s'améliorent pas.

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 16/10/2018