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Société | Une histoire du rugby sud-africain à Bègles

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Sous l’égide de Karfa Diallo, l’association Mémoires et Partages organise le Centenaire Nelson Mandela dans plusieurs villes de la Rive Droite bordelaise. Depuis le 23 octobre, le Centenaire fait escale à Bègles, après être passé par Bassens et Cenon.

« On a tous en nous quelque chose de Madiba ». C’est le nom de l’exposition qui se tient au Centre Social et Culturel l’Estey (20, rue Pierre et Marie Curie) de Bègles. Le choix de Bègles pour installer le Centenaire est évident pour Mémoires et Partages, parce que la Ville, historiquement engagée pour les droits de l’homme, a fait de Nelson Mandela son citoyen d’honneur en 1986.
Pour son étape béglaise, l’exposition du Centenaire est axée sur un thème évident lorsqu’on pense à Nelson Mandela : le rugby face à l’apartheid. Un débat a eu lieu sur le thème « Le Rugby en Afrique du Sud : de l’exclusion à l’inclusion » le 26 octobre. Ce débat réunissait Heini Adams, ancien joueur sud-africain de l’Union Bordeaux-Bègles, Xavier Lacarce, spécialiste du rugby à Sciences Po Bordeaux, Franck Joandet, deuxième adjoint au maire de Bègles, et l’essayiste Karfa Diallo.

« Au départ les couleurs ne se mélangeaient pas » - Xavier Lacarce
L’universitaire a ouvert le débat avec un rappel historique, en évoquant notamment le succès immédiat du rugby auprès de toutes les communautés représentées en Afrique du Sud : « le rugby, sport créé par les colons anglais, a immédiatement plu aux communautés historiques – les Afrikaners1 et les noirs – qui se le sont approprié rapidement ». Pourtant, « les colons britanniques, les noirs et Afrikaners ne se mélangeaient pas, poursuit Xavier Lacarce, l’équipe nationale n’était composée que de joueurs blancs ».
Ainsi, dans la première moitié du XXème siècle, la jeune équipe d’Afrique du Sud devient l’une des meilleures équipes au monde jusque dans les années 70 et l’isolement du rugby sud-africain dû à l’apartheid.


Un climat politique tendu


Le rugby sud-africain est marqué par un racisme exacerbé. Ainsi, lors d’une tournée entre les Springboks et les All-Blacks en 1970, le premier ministre de l’époque, John Vorster avait autorisé les néo-zélandais à convoquer des joueurs Maoris « à deux conditions : qu’ils ne soient pas nombreux, ni trop noirs », ajoute Xavier Lacarce. Des manifestations anti-apartheid avaient eu lieu en Nouvelle-Zélande pour empêcher les All-Blacks de se rendre en Afrique du Sud, certains joueurs avaient décidé d’eux-mêmes de ne pas s’y rendre pour des raisons morales.
La France a également été concernée par ce climat compliqué avec l’Afrique du Sud, lors de la tournée de 1971, ou l’international français Roger Bourgarel avait été écarté de l’équipe de France en raison de ses origines antillaises. C’est le président de la fédération Française de rugby de l’époque, Albert Ferrasse, qui a demandé à ce qu’il soit intégré dans le groupe. « Si on doit avoir peur de jouer en Afrique du Sud, en Israël, ou contre des pays de l’Est, autant ne plus jouer », avait déclaré Albert Ferrasse.


« Aujourd’hui, la cohabitation noir/blanc n’est pas encore réelle » - Heini Adams


L’ancien joueur de l’Union Bordeaux-Bègles est lui aussi revenu sur les stigmatisations qui font rage depuis son enfance. « Quand j’étais petit, je n’avais pas le droit de jouer contre les blancs. Quand je suis arrivé chez les Bulls (un club phare du championnat sud-africain, en 2005), certains joueurs me disaient ‘je n’ai pas le droit de jouer avec toi, tu es métis’ ». Heini Adams se réjouit tout de même du chemin parcouru par l’Afrique du Sud depuis son enfance : « Aujourd’hui, notre capitaine est noir, et ça c’est une grande chose pour nous » !
Pourtant, Kirikou de son surnom, estime qu’il y a encore du chemin à faire. Notamment sur la politique des quotas en Afrique du Sud, instaurée en 1998. En effet, un seul joueur Springbok de l’équipe championne du monde en 1995 n’était pas blanc : l’ailier Chester Williams. Les quotas de joueur « non-Blancs » dans une équipe sud-africaine sont actuellement de 7 sur 23. « Regardez, même Bryan Habana, qui est le meilleur ailier du monde, chez nous il est perçu comme un quota plutôt qu’un immense joueur », s’emporte Heini Adams. En 2015, la Fédération sud-africaine de rugby avait annoncé son souhait d’avoir 50% de joueur « non-Blancs » dans son équipe nationale et toutes les équipes du Championnat. Une parité encore loin, selon Heini Adams : « aujourd’hui, la cohabitation noir-blanc n’est pas encore réelle ». Le sud-africain est rejoint par Xavier Lacarce : « nous sommes 20, 25 ans après l’apartheid, et la transition n’est pas encore totalement faite. Est-ce un problème racial ou politique » ?

Yoan Dénéchau
Yoan Dénéchau

Crédit Photo : Yoan Denechau

Publié sur aqui.fr le 29/10/2018