Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Agriculture | Forêt bois : les professionnels en action pour redynamiser la filière dans les Pyrénées-Atlantiques

1

Dans les Pyrénées-Atlantiques, le tiers de la superficie du département est occupé par des forêts, mais seul un tiers de celle-ci est exploitée. Le grand objectif des Assises de la Forêt et du Bois en Pyrénées-Atlantiques était, outre le rapprochement et la concertation commune de l'ensemble des acteurs, la proposition d'une feuille de route opérationnelle pour le maintien et le développement de la filière. Un travail « salvateur » pour la filière, qui s'engage ainsi selon Hervé Madéo ; Président de Fransylva, syndicat de la forêt privée Pyrénées Adour, « à sortir de sa zone de confort et de ses vieilles habitudes pour agir face aux enjeux actuels ». Précisément, ce sont 10 actions phare, déclinées en 42 propositions qui ont été identifiées par l'interprofession au fil de 4 axes de travail. Une feuille de route présentée aux partenaires institutionnels ce 26 octobre à Pau.

La volonté est désormais clairement affichée, et l'ensemble des maillons de la filière Forêt Bois du département l'affirme d'une seule voix, à travers celle d'Hervé Madéo : « Les enjeux nous obligent à l'action ». Qu'il s'agisse pêle-mêle d'emplois, de formation, d'environnement ou de politique forestière régionale au regard de la préparation en cours du Plan Régional Forêt Bois. Et, en la matière les groupes de travail mis en place ces derniers mois à l'occasion des Assises ont été « un exercice salvateur pour faire réfléchir l'ensemble de la filière sur ces problématiques » selon le responsable, membre de l'interprofession. L'occasion aussi de réaliser un état des lieux par métiers avant que de proposer les solutions adéquates.

Fragilité des marchés locaux, déficit de formation, manque de bras...
Et les écueils, ou faiblesses de la filière dans le département sont réels. Du côté de la ressource, la forêt qui, est essentiellement de la forêt de montagne, est bel et bien « sous exploitée, avec des bois de qualité inégale, et des propriétaires privés en manque de document de gestion durable et de formation ». Sur le maillon exploitation, « il y a eu une forte diminution des professionnels certifiés PEFC qui n'est pas sans conséquence sur la ressource en elle-même ». Sur le maillon suivant de la filière, celle de la première transformation, le sciage, « les acteurs, pour la plupart des PME, sont peu organisés, souvent en situation de fragilité, notamment s'agissant des marchés locaux. On note des déficits d'équipement, avec des structures, qui, faute de moyens, ou en l'absence de futur repreneur investissent peu ou pas ».
Sur le segment du bois d'oeuvre et de la deuxième transformation, « les acteurs travaillent peu sur les bois locaux et le déficit de formation est important », relève Hervé Madéo. Un constat sur la formation et le manque de jeunes qui vaut pour l'ensemble de la filière locale, pour qui le manque de bras est aussi un facteur limitant. Autre constat dressé par l'interprofession : la société a un intérêt grandissant sur la question forestière, à travers le prisme environnemental, « une occasion à saisir pour développer le dialogue avec elle, sur ce qu'est réellement l'exploitation forestière et ses atouts au niveau non seulement économique mais environnemental ».
De ce diagnostic empirique, remonté du terrain par les acteurs eux-même, 42 propositions d'actions sont ainsi nées, désormais détaillées dans une feuille de route pour y répondre au mieux. Un document destiné certes à l'interprofession départementale mais aussi proposé notamment à la Région et à l'Etat dans le cadre des politiques forestières régionale et nationale. « Nous avons à la fois voulu nous inscrire dans une cohérence avec les travaux en lien avec le futur Plan régional de la forêt et du bois mais aussi par ce biais, affirmer nos différences dans la nouvelle interprofession régionale », expliquait en préambule le Président de Fransylva.

4 enjeux forts, comme autant d'axes de travail
A la présentation de cette feuille de route : Milou Castan, président de l'interprofession, énumère au fil des 4 enjeux forts de la filière, les propositions phares issues des Assises. Pour la mobilisation de la ressource, outre la nécessaire réalisation d'un état des lieux de la ressource et la création d'un observatoire en permettant le suivi,« il faut, sur le terrain, travailler sur l'accessibilité et la desserte des parcelles, créer des plate-formes et faire des regroupement entre propriétaires privés pour permettre une mobilisation collective du bois ». Autres idées : créer une association de mobilisation des bois en Pyrénées-Atlantiques pour accompagner les professionnels, ou encore renforcer la compétitivité des entreprises locales «tant sur les questions de transmission, que sur le développement de la certification dans les exploitations de particuliers, et aussi dans la formation des jeunes, car nous avons un fort déficit d'emplois ».
Autre axe de travail : la promotion des débouchés du bois local. « Il s'agit là de développer la valeur ajoutée de nos produits, mais aussi de développer la prescription de bois local sur le territoire, en incitant en premier chef les collectivités, a travaillé leurs marchés publics en ce sens. » Troisième enjeu auquel s'attaque la feuille de route présentée vendredi : « faire évoluer les politiques forestières ». « Un axe de travail qui nécessitera la mise en place d'indicateurs et d'un groupe de suivi », précise Milou Castan. Est ici notamment mis en avant, d'une part, le besoin d'encourager la dynamique de gestion durable des forêts, « par le soutien par exemple aux boisements compensateurs », et d'autre part, le développement d'une politique de maintien de couverts forestiers et d'amélioration de la qualité des forêts. Enfin, dernier enjeu, « sur la communication et la formation », il s'agira de réhabiliter l'image de l'exploitation forestière auprès du public, de promouvoir l'utilisation de bois local sur le territoire, et enfin, promouvoir les métiers de la filière forêt-bois. Sur ce dernier point Milou Castan met notamment en avant la suggestion de la feuille de route de créer un comité de professionnel travaillant en lien avec les centres de formation du territoire.

Sortir le bois par dirigeable...
Autant de propositions bien reçues par les partenaires institutionnels présents, dont le Département représenté par son vice-président Charles Pelanne, l'Etat à travers la présence du préfet du département Gilbert Payet, et la Région à travers celle d'Alain Rousset. Un président de Région qui dans son discours, saluant le travail de l'interprofession des Pyrénées-Atlantiques, n'a pas oublié comme à son d'habitude d'insister sur la nécessité pour la filière d'en passer par la mécanisation et l'innovation, pour notamment permettre de « conserver la valeur ajoutée de la ressource au plus près du territoire ». Il a également rappelé son intention de travailler à la sanctuarisation des terres arables et forestières dans le cadre du Schéma régional d'Aménagement et de Développement Durable du territoire. Un document qui aura, détail d'importance, un caractère réglementaire sur l'ensemble des autres collectivités de la région.
Enfin, le président du Conseil régional a également profité de cette tribune béarnaise pour annoncer la participation de la Région Nouvelle-Aquitaine au capital de l'entreprise Flying Whales, dont l'objet est la fabrication de dirigeables permettant de faciliter la sortie des bois (jusqu'à 60 tonnes) en zone de montagne. Une sortie par les airs, diminuant ainsi, le recours souvent délicat aux sentiers forestiers de montagne. « La Région va participer à hauteur de 10M € dans un accord entre l'Office National des Forêts et cette société, dont 3 des sites de fabrication du dirigeable seront en Nouvelle-Aquitaine. », a-t-il aussi précisé.

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 29/10/2018