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Edito | SOS! Gare aux pièges de la jacquerie du diesel

Certes nous ne sommes plus au temps de la gabelle et des révoltes du sel, si indispensable à l'alimentation paysanne au Moyen âge. Mais dans ce cher et « vieux pays », toujours prompt aux jacqueries quand il est habité par le sentiment de l'injustice, il s'en prépare une, celle, qu'on appellera par simplification la jacquerie du diesel, qui pourrait hélas mal tourner. Les réseaux sociaux qui sont devenus, pour le pire et quelquefois le meilleur, la caisse de résonance des colères populaires débordent d'appels à blocage divers, le 17 novembre prochain. Et il y respire, à côté de compréhensibles coups de gueule, une atmosphère qui, ici et là, sent la tentation insurrectionnelle.

Insurrection ? Vraiment ? ll n'est pas sûr, d'ailleurs, que le gouvernement ait pris, jusqu'à ce jour, la juste dimension de ce que nous observons et sentons dans les territoires. Et, spécialement à quelques encablures des grandes villes, là d'où partent bon nombre de citoyens pour rejoindre leur travail. Ceux d'entre eux, précisément, qui ont basculé dans une forte exaspération que l'argument écologique, la volonté de cohérence affichée par le pouvoir qui met en avant la nécessaire transition énergétique pour augmenter le niveau des taxes à côté de la hausse du pétrole brut, sont prêts à assumer des gestes inédits, c'est à dire qui ne leur ressemblent pas. Ecrire cela ne revient pas à légitimer de possibles violences mais à mettre, modestement, en garde. Car le péril existe dans cette France où les violences de toutes sortes ont tendance à prospérer.

Un des intellectuels les plus bienveillants que nous connaissions, Axel Kahn, publiait ces dernières heures une abominable affiche, dénichée sur Facebook, émanant de la droite de l'extrême droite, de ces groupuscules identitaires dont les thèses et les méthodes font peur et qui rêvent, bien sûr, de saisir l'opportunité de ce climat pour en découdre. On y lit l'horreur suivante : « Contre le racket fiscal judéo-bolchevique sur le prix des carburants manifestons le 17 novembre » Et Kahn d'écrire : « Parce que je crois vraiment que l’atmosphère mondiale a à voir avec celle des années trente; parce que la conquête du pouvoir, en France comme ailleurs en Europe, par une droite xénophobe et nationaliste n’a jamais, depuis la dernière guerre, puis l’affaire algérienne chez nous, été moins improbable.... Manifester avec l'extrême droite alors que partout elle menace, jamais, jamais. »

 

Axel Kahn peut être entendu lorsqu'il écrit « Que des républicains humanistes soutiennent la mobilisation du 17-11 me bouleverse. Et d'ajouter : « Les ralliés républicains et insoumis à l’action de l’extrême-droite le font, en tout cas pour les premiers, au nom du « droit à la mobilité. » ...Si les défenseurs de la mobilité des personnes handicapées - j’en suis - se mobilisent pour que ces citoyen-nes ne soient pas impactés, je serai avec eux. Si les défenseurs des travailleurs pauvres, banlieusards et ruraux, revendiquent de justes compensations à l’introduction d’une fiscalité écologique conçue pour faire baisser l’usage d’hydrocarbures sur les routes, s’ils demandent des exonérations ciblées, je les soutiens. »

En tout cas, le climat qui s'installe deux semaines avant le 17 novembre, nécessite une vraie prise de conscience qui ne doit pas être obscurcie par les outrances de certain ministre irresponsable. Celle de ce Monsieur Griveaux qui a provoqué le pays avec son concept de « fiscalité comportementale » et dont les dégâts ont bien du mal à être réparés par les efforts de pédagogie d'un premier ministre, à la fois conscient des enjeux socio-économiques et du danger extrémiste.

Nouvelle-Calédonie: le non à l'indépendance

Il y a des moments dans l'histoire d'un pays où il est important de se souvenir du rôle majeur que quelques hommes, peu nombreux, ont joué, non seulement pour éviter le pire mais aussi pour jeter les bases du meilleur. En ce jour où la Nouvelle- Calédonie sous l'oeil des observateurs internationaux a voté en masse lors de ce réferendum qui devait trancher la question de son indépendance, pensons à la pugnacité d'un premier ministre nommé Michel Rocard qui au terme de négociations marathon a arraché ces accords de Matignon entre kanaks et caldoches, entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur. Ce chemin de paix ouvert au lendemain des terribles événements d'Ouvéa qui actait la tenue de ce référendum, trente ans plus tard. Chacun de ces trois hommes ne sont plus en vie, le leader kanak ayant payé de sa vie le choix qu'il avait fait de croire la paix possible entre les communautés. Ne croyons pas pour autant que la Nouvelle-Calédonie soit arrivée au terme de son chemin vers la souveraineté que 43,6% de ces citoyens ont cru possible, ce 4 novembre. Mais l'honneur de la France sera de l'y conduire, si elle le veut, lors d'autres étapes référendaires prévues par les accords de Nouméa.

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 03/11/2018