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Société | Latifa Ibn Ziaten, la main tendue de la République

Latifa Ibn Ziaten, mère d’une des victimes de Mohammed Merah, au lycée Palissy

Hier était présente à Agen, Latifa Ibn Ziaten, mère d’une des victimes de Mohammed Merah, au lycée Palissy. A l’initiative de la Mission locale d’Agen, elle témoignait devant élèves et professionnels de l’éducation de la nécessité de parler avec les jeunes et « de tendre la main », pour qu’aucune autre famille ne vive le même drame.

Il s’appelait Imad Ibn Ziaten, était militaire. Il avait 30 ans et il est mort debout, sous les balles de Mohammed Merah. Il fut sa première victime. C’était il y a bientôt sept ans. Depuis, la mère d’Imad, Latifa Ibn Ziaten se bat contre la radicalisation et parcourt la France à la rencontre des jeunes, que ce soit dans les écoles, les cités ou les prisons. A la tête de l’association « Imad pour la jeunesse et la paix », elle fait vivre le souvenir de son fils et alerte sur la nécessité de recréer des liens entre les institutions scolaires, la famille et les jeunes.

Dans la Chapelle du lycée Palissy, une soixantaine d’élèves et tout autant de professeurs, éducateurs et conseillers de la Mission Locale ont tout d’abord regardé le documentaire « Latifa, une femme dans la République », avant que l’invitée ne fasse son entrée dans la salle sous les applaudissements. Dans l’assistance, l’émotion est palpable et quelques larmes coulent.

Bienveillante mais pas naïve, Latifa Ibn Ziaten convoque la responsabilité de tous durant l’échange de questions-réponses avec l’auditoire. « Je vois des profs, des parents qui me disent « On fait ce qu’on peut » mais non ! On fait plus que ce qu’on peut. » Un message percutant, de la part d’une femme qui n’a pas peur de se confronter aux hommes politiques, ayant dû sollicité par trois fois le président de République pour que son fils soit reconnu comme mort pour la France.

L’attentat du 11 décembre dernier à Strasbourg a ravivé la douleur de Latifa Ibn Ziaten, toujours meurtrie. Elle ne veut plus d’autres Merah. Son combat ? Le vivre-ensemble. « Je suis française, d’origine marocaine et musulmane. Les trois. Et je fais avec tout ça ». Elle raconte son arrivée en France en 1977, à 17 ans, alors qu’elle ne parlait pas français. « Une voisine a été là pour moi. Elle m’a poussé à apprendre le français. Ce n’est jamais trop tard pour apprendre ». Et voilà l’intégration, dans son « immeuble de quatre étages » avec « des italiens, des espagnols, des portugais ». Elle n’hésite pas à se montrer acerbe face aux manquements de l’État, qui a regroupé de nombreux immigrés entre eux et engendré un communautarisme : « on leur dit « intégrez-vous ! » alors qu’ils ne vivent qu’ensemble. Mais comment voulez-vous qu’ils s’intègrent ? Au couscous ?! »

« C’est vous l’avenir ! »

La question principale des professionnels de l’assemblée semble émaner d’une seule voix : que pouvons-nous faire au quotidien ? Comment lutter contre cette radicalisation ? Cuisinière pendant 24 ans dans les cantines scolaires, elle rappelle qu’il faut prendre le temps de parler avec les jeunes, pour gagner leur confiance. « Je finissais mon service à 17h15, mais je ne partais jamais avant 18 heures. Parce qu’on prenait le temps de parler ensemble ». Aux professeurs, aux parents, aux élèves, elle martèle « ne laissez pas quelqu’un tomber dans la haine ». Parler à l’humain qu’on a en face avec son cœur, tel est le principe qui guide chacune de ses prises de parole.

Sur la religion, son discours est ferme : « C’est ma foi, c’est en moi. Là, on est ensemble. Si c’est l’heure de ma prière, c’est pas grave, je la rattraperai ensuite, je ne vais pas vous laisser. Il y a une souplesse dans l’islam. Ce qui compte c’est ma conscience. » Elle se méfie d’ailleurs de certains convertis, souvent trop rigoristes : « je n’ai pas peur de le dire, il ne faut pas mettre des imams convertis dans nos mosquées ».

L’échange est riche en remerciements, mais aussi en dialogue. Un élève de Première d’origine « tunisienne et portugaise, non musulman » provoque les rires de la salle lorsqu’il raconte que des amis musulmans « aident des vieilles dames à traverser pour gagner des hassanates », sortes de bons points pour aller au paradis. Latifa Ibn Ziaten, à la fois atterrée et amusée lui répond « c’est pas des hassanates ça ! C’est du respect, de l’éducation ». Le respect, celui de soi et des autres, voilà ce qu’inspire Latifa Ibn Ziaten.

Mais « soyez toujours souriants », instigue-t-elle aux lycéens venus la rencontrer. « C’est vous l’avenir ! Ayez confiance en vous. Moi, un enfant qui n’a pas de rêve, ça m’inquiète ». Filles et garçons sont émus, parfois aux larmes et se pressent à la fin de la conférence pour lui témoigner leur affection, et réclamer quelques selfies, qu’elle fait toujours avec plaisir.

Élèves et professionnels sont sortis bouleversés de cette rencontre, avec en prime leur foi renforcée en une valeur : le vivre-ensemble.

Lien association : https://association-imad.fr/

Marianne Chenou
Marianne Chenou

Crédit Photo : Marianne Chenou

Publié sur aqui.fr le 21/12/2018