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Edito | Quand Internet et les réseaux sociaux changent la donne politique

Quelle semaine ! Ne parlons pas des aller-retour gouvernementaux sur les mesures : tout est bien qui finit bien, celles décidées avant la crise des Gilets Jaunes, favorables à la transition écologique, qui avaient failli passer à la trappe budgétaire sont maintenues. Et puis Jupiter - pardon le président - descendant de l'Olympe a atterri sur internet pour dialoguer avec les Français, via la plateforme change.org qui n'était pas habituée à pareille considération, malgré ses pétitions millionnaires. Après un mea culpa supplémentaire, Emmanuel Macron s'est adressé à l'égérie des Gilets Jaunes, Priscillia Ludosky, l'invitant à lui laisser son adresse mail « pour échanger plus régulièrement sur les sujets qui la touchent. Et le président d'ajouter « Votre message, je l'ai entendu. Je vous réponds directement: vous avez raison » , et ceci avant de se livrer à un exercice d'explication des mesures.

Après l'intervention télévisuelle solennelle du 27 novembre, depuis l'Elysée, s'est ainsi ouverte une nouvelle page de la communication politique dont, ne doutons pas, qu'il se trouvera quelques chercheurs des années 2020 pour en analyser le sens profond, si tant est qu'il faille en trouver un, au-delà de l'usage du numérique, au plus haut niveau de l'Etat. Mais, après tout pourquoi ne pas essayer ?... Dans le cas d'Emmanuel Macron, il faut sans doute comprendre qu'il va désormais tout faire et mettre les bouchées doubles pour tenter de redonner des couleurs à son mandat. Après ces foucades aux effets dévastateurs qui l'ont fait cataloguer « d'arrogant » le choix du Net le renvoie – d'aucuns disent déjà le rabaisse – au statut de citoyen qui se veut ordinaire et accepte d'être contredit sur les réseaux sociaux. Après tout pourquoi pas, à l'heure où plus profondément encore que la question du pouvoir d'achat, celle de la représentation nationale est au cœur de la crise politique. Et que les réseaux sociaux, précisément, ont été à la source du déclenchement du mouvement GJ pour le meilleur et le pire, la mobilisation citoyenne et un déferlement de propos haineux. Ces réseaux qui véhiculent, depuis cinq jours, une pétition dont le succès foudroyant souligne d'une part plus que de l'inquiétude, une véritable angoisse face au défi climatique et attaque, sous le couvert de quatre ONG, la respondsabilité de l'Etat et ce qui est jugé comme son « inaction. » Et, plus encore la part de mensonge qu'on lui attribue au regard des engagements que la France avait pris lors du grand rassemblement de la COP 21 en 2015 dont Emmanuel Macron, à peine élu, s'était fait le chantre universel.

Le rententissement de cette dernière campagne qui a reçu le renfort de grandes actrices doit éclairer le gouvernement, le président, le parlement sur le décalage qui ne cesse de grandir entre des aspirations populaires et les insuffisances de l'action pubique. L'exemple du défi climatique est, à cet égard, très révélateur et peut être encore davantage que la crise sociale, née du mouvement des Gilets Jaunes, car il fédère des citoyens de toutes conditions dont on est frappé, quand on les rencontre et leur parle, par ce qui les habite : un mélange de peur, de lucidité et d'impatience….. La réaction admirative de Nicolas Hulot qui trouve, là aussi, une revanche politique et appelle, dès l'an prochain, le gouvernement à des mésures fortes, amplifie la défiance qui s'installe dans l'esprit d'une génération. A l'heure où le pouvoir se demande bien comment rester maître de la procédure du référendum d'initiative citoyenne qui va être débattue dans le pays.

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 22/12/2018