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Société | SOS Rugby: La fédération entre déni et alerte mondiale

Sidération devant le spectacle donné par le rugby

Dimanche 16 décembre, Nicolas Chauvin, 18 ans, espoir du Stade français, est décédé sur le terrain de l'UBB, des suites d'un double plaquage. Le rugby est en deuil, mais la Fédération française, incarnée par Bernard Laporte, maintient sa ligne : " Non, il n’y a pas une explosion de la dangerosité de la pratique du Rugby en France"

Après le décès, mercredi soir, du joueur espoir du Stade Français, Nicolas Chauvin, troisième victime du rugby depuis sept mois, une réaction de l'instance nationale était attendue. Elle a pris la forme du déni, blindé de chiffres et statistiques. «La pratique du Rugby en France (n'occasionne) pas plus d'accidents graves aujourd'hui qu'hier », publiait, le président de la Fédération française de rugby ( FFR), Bernard Laporte, sur Facebook. Le président de World Rugby, Bill Beaumont, en écho : «  les accidents tragiques sont de plus en plus rares, et le risque de blessures graves est heureusement plus faible qu'il ne l'a jamais été». Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Preuve à l'appui : le nombre de commotions cérébrales est en baisse ! « Non, il n’y a pas une explosion de la dangerosité la pratique du Rugby en France. Non, la pratique du Rugby en France n’est pas devenue une pratique folle qui met en danger nos enfants de manière inconséquente», tranche le président de la fédération française de rugby, qui s'étonne peut-être de l'effondrement des inscriptions dans les écoles de rugby ( -5,5% en 2018) ? Serait-il du à l'inquiétude des parents ? Il suffit d'allumer la télé, regarder une mi-temps d'un match de Top 14, pour imaginer une mère de famille qui trouve formidable les valeurs du rugby et laisse partir son enfant sur un champ de bataille. 

Mais non. Bernard Laporte ajoute selon «une étude menée en 2010 par l'ancien Institut de Veille Sanitaire», seulement une personne était décédée cette année-là de la pratique du rugby, contre « 99 lors d'activités de Montagnes, 50 lors d’activités nautiques ou encore 27 liés à la chasse». Bernard Laporte a raison de souligner la fragilité de l'homme face aux éléments ou contre une arme à feu. Mais, lorsqu'un homme tue un autre homme, on peut légitimement s'interroger sur la folie croissante d'une « pratique », selon le vocabulaire technique à la mode, devenue spectacle de gladiateurs. Il semble même, rapporte le journal Sud Ouest, que « les jeunes joueurs de l’UBB ont été ébranlés par ce terrible accident. Tout particulièrement les deux joueurs impliqués directement sur l’action qui a coûté la vie à Nicolas Chauvin. » On s'étonnerait du contraire ! Certes, la violence est inhérente au rugby; des joueurs sont morts sur les terrains au XXème siècle, mais jamais autant que ces derniers mois. Alors, Bernard Laporte, concède que : «notre sport fait peur, peur qui dépasse la réalité des chiffres et des statistiques. Ainsi, nous ne pouvons ignorer le changement de regard lié à l’irruption de la problématique des commotions cérébrales depuis 2010. C’est devenu une question centrale de la sécurité des pratiquants et des pratiquantes (…) Le jeu évolue, la nature des risques également : la réflexion doit aujourd’hui désormais porter en priorité sur les règles de plaquage. »

La réforme du plaquage prévue pour la Saint glinglin

Bernard Laporte et Paul Goze, le président de la Ligue nationale de rugby (LNR), ont proposé à l'instance internationale World Rugby, jeudi soir, une série de mesures censées éviter de nouveaux drames sur les terrains. Pour remédier à ce genre d'homicides sportifs, il s'agirait d' « abaisser la ligne de plaquage », interdire « le plaquage à deux joueurs » et pénaliser plus durement celui « tête contre tête ».Ce qui reviendrait à éloigner le rugby du catch. Un horizon que World Rugby a déjà testé lors de la Coupe du monde des moins de 20 ans, fin août-début septembre. « Le plaqueur devra donc se baisser s’il vient plaquer, au risque d’être pénalisé », explique Bernard Laporte dans un communiqué commun Fédération, Ligue et World Rugby. Une règle révolutionnaire qui obligerait le joueur à se baisser pour plaquer ! Voilà qui risque de compliquer l'effort pour les joueurs de plus de 120 kilos ! Mais, que les rétrogrades n'applaudissent pas trop fort. Ces nouvelles règles ont été annoncées sous forme expérimentale... dans les compétitions amateurs. On ignore, quand et comment, pourront elles prendre effet. Le communiqué annonce «un processus d’examen des éventuelles expérimentations de règles », qui doit débuter en début d’année prochaine. 

«Nous avons convenu avec World Rugby d’organiser un symposium mondial sur la santé des joueurs et l’évolution de la règle. Ce grand rassemblement mondial aura lieu les 19 et 20 mars prochains à Paris et portera des actes forts, concrets et opérationnels. La FFR est une nouvelle fois force de propositions dans ce combat quotidien pour la sécurité de nos pratiquants», annonce Bernard Laporte. Finalement, dans la tête d'un gladiateur, il sera toujours question de combat. En conclusion de dire que les morts sont ceux qui n'étaient pas suffisamment armés ! 

Retour de la compétition des 19-20 ans

Le président de la Fédération a annoncé à Midi-Olympique  le retour à la compétition Frantz Reichel dont la catégorie d'âge s'arrête à vingt ans: «Je pense qu’il s’agissait d’une erreur de supprimer la catégorie Reichel 19-20 ans, et je souhaite son rétablissement. J’estime que l’écart est trop important entre 18 et 23 ans. Surtout quand des jeunes de 18 ans sont recrutés du monde amateur et affrontent des garçons de 21, 22 ans qui s’entraînent comme des professionnels depuis plusieurs saisons.» Initiative de sagesse qui fait écho à des suggestions médicales raisonnables mais ps toujours entendues par les clubs.

Olivier Darrioumerle
Olivier Darrioumerle

Crédit Photo : Wouzit

Publié sur aqui.fr le 24/12/2018