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Edito | Humeurs d'hiver: Réchauffement quand tu nous tiens...

« Il n' y a plus d'hiver mon bon Monsieur ! » Désolé chère madame rencontrée, hier, au cœur de Bordeaux où le thermomètre affichait 13°. Ce matin il est arrivé.Imaginez-vous ...Il fait -2 à l'abri du vent dans ma campagne girondine et, là, les Gilets jaunes vont avoir de vraies raisons de faire un feu de palettes aux ronds-points...Bon, soyons sérieux : en ces heures où il est de bon ton de publier, dans les journaux, des rétrospectives comme s'il ne fallait rien oublier du meilleur comme du pire, je ne trouve guère de papiers qui nous rappellent que 2018 aura été l'année la plus chaude en France métropolitaine depuis 1900. Et cela, à mes yeux, c'est quand même une sacrée information, de celle paradoxalement dont nous ne nous réjouissons plus vraiment parce qu'elle remet en question tant de choses sur cette planète où l'homme a tellement pris le pouvoir sur la nature que, non seulement, elle le rappelle à l'ordre un peu partout, mais plus encore lui fait comprendre qu'il peut parfaitement disparaître de sa surface. Oui disparaître...Et pourquoi pas l'homme puisque les animaux, c'est à dire, nos frères du vivant disparaissent ou changent leurs habitats, leurs migrations, pour tenter de s'acclimater à de nouveaux horizons. Ou simplement de survivre.

Oui, 2018 et cet extraordinaire baromètre – thermomètre – du réchauffement climatique auront marqué une étape dans la prise de conscience citoyenne. Insistons : citoyenne car, si n'était la démission en manière de témoignage d'impuissance de Nicolas Hulot, on ne peut pas dire que la classe politique de notre pays se serait signalée par son audace en la matière. Oh ! Bien sûr il était toujours facile, lors d'une apparition à Katowice lors de la COP 24, de rappeler qu'il fallait faire des efforts considérables pour respecter la feuille de route de la COP 21, celle de Paris voilà trois ans, et que le monde y allait toujours de bon cœur en rejetant toujours plus de gaz à effet de serre.

Ne nous étonnons donc pas, et nous le rappelions voilà une semaine, que la pétition pour attaquer en justice l'Etat et son «  inaction », rencontre un si grand succès. Elle a d'abord une haute valeur symbolique avant que d'espérer connaître une improbable efficience juridique; elle témoigne surtout de l'angoisse d'une génération qui n'est pas constituée que de « bobos » - le qualificatif est devenue un paravent commode pour souligner que seuls ceux qui souffrent le plus de leur condition sociale et économique auraient, en quelque sorte, le droit de ramener cette affaire de réchauffement à sa gestion quotidienne -

La grande question, celle qui est au cœur de ce défi, est inséparable, en effet, du modèle de développement qu'il nous faut refonder et reconstruire. Refonder ? Certes, puisque nous savons que les énergies fossiles, à bon marché, sur lesquelles nous avons bâti la croissance s'épuisent. Reconstruire ? Assurément et, à nos yeux, pas seulement en criant à la décroissance et en clivant les comportements mais, au contraire, en organisant et partageant, à forte échelle, d'autres manières de produire des aliments et de les consommer, de fabriquer des produits manufacturés durables, traduisons de longue vie, et en les privilégiant dans nos usages domestiques comme dans nos outils d'entreprise, de partager aussi des services comme déjà nous sommes capables de le faire dans nos déplacements. Ici et là, un mouvement s'amorce et il est significatif et remarquable qu'il naisse là où l'anonymat recule, où les citoyens se rencontrent, côtoient et interpellent, en bonne intelligence, leurs élus plutôt qu'en distillant à leur égard des propos de haine.

C'est de la somme des initiatives organisées, coordonnées et soutenues par les associations, les groupements, les coopératives, les collectivités, de la plus modeste commune à la grande Région en passant par l'intercommunalité, le département, que le socle d'un nouveau modèle de développement doit naître. Et donc, ici et maintenant. Ne perdons pas une minute puisque enfin il fait plus froid et que nous pouvons élaborer des projets, au coin du feu...Justement faites-nous part des vôtres, des tentatives ou réalisations qui méritent d'être soutenues, des belles histoires de vie qui les sous-tendent. Nous en rendrons compte, certains de la valeur de l'exemple et conscients du rôle d'éclaireur que peut et doit jouer un média, au coeur de la cité. (1)

1. aqui@aqui.fr.

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 29/12/2018