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Edito | Information: quelques rappels à l'heure des fake news et des réseaux sociaux

Au lendemain du dernier baromètre médias de La Croix (1) aux allures d'apocalypse où tous les supports d'information sont en déclin, et particulièrement la télévision, il n'est sans doute pas inutile de rappeler quelques données de base sur ce qu'est ou doit être un journal, un site d'informations, une radio, une chaîne de télévision... Et, ceci, alors que désormais les outils numériques ont fait de chaque citoyen, nanti d'un téléphone portable, un média en puissance. Que ne l'a t'on répété d'ailleurs, de colloque en colloque, dans une confusion des genres et surtout des mots qui faute d'éducation partagée, à commencer par le lieu incontournable que doit être l'école, ont installé, dans la tête d'au moins deux générations, l'idée que le réseau social, c'est LE média. S'il ne fallait retenir du dernier baromètre de La Croix qu'un chiffre c'est celui-là : 53% des 18-24 ans s'informent prioritairement, via internet et les réseaux sociaux.... Soit, mais que leur a-t-on appris ? Qu'il existait une loi sur la presse et qu'elle date de 1881? Faut-il rappeler qu' elle fut la bienvenue pour encadrer, après l'Empire et la Commune, une liberté essentielle en démocratie, à un moment de la III° République où l'on s'injuriait avec entrain. Une loi qui s'est enrichie, au fil du temps, de quelques compléments indispensables pour protéger la vie privée, celle des mineurs par exemple. Une loi qui rend responsable le directeur de la publication, aux yeux du juge et qui crée, notamment, l'obligation d'accéder dans un cadre précis à un droit de réponse..

On est bien loin de tout cela sur les réseaux sociaux. Et si le législateur, conscient de l'accélération des dérives, via internet, a bien tenté d'apporter un début de réponse avec la loi de 2004, dite de « confiance dans l'économie numérique », cela n'a fondamentalement rien changé, face à la croissance exponentielle des fausses informations, de ces fake news dont quelques figures qui se veulent hautes de la politique nationale jouaient, ces jours-ci encore, pour dénoncer avec le traité franco-allemand d'Aix la Chapelle rien moins que le rattachement de l'Alsace à l'Allemagne...Fake news qui sont autant d'horreurs véhiculées par Facebook, au cœur de la crise sociale actuelle, avec les pires insanités et dans l'impunité la plus totale. Et, bien entendu, au nom de la vérité de ceux qui les propagent, de la seule vraie, c'est à dire la leur.

Alors, le moment n'est-il pas venu, pour nous les éditeurs, de rappeler quelques définitions et quelques principes fondamentaux qui doivent présider à l'exercice d'un métier qui s'appelle le journalisme?...La recherche de la vérité par exemple dont notre confrère François-Xavier Alix, figure de la presse régionale, rappelait ceci : «  le réflexe du journaliste c'est la vérité. Ce doit être la vérité. Sans elle, le citoyen, dupé au lieu d'être éclairé n'est pas respecté tout simplement. C'est toute la dynamique sociale qui régresse, sur fond de mensonges et de rumeurs » A méditer. Mais pour approcher cette exigence de vérité que d'organisations et d'efforts nécessaires.

Et c'est là qu'il convient de distinguer ce qu'on nomme le média, c'est à dire le support de diffusion de l'information, presse écrite papier, radio, TV, internet, de la publication et de son contenu. Un journal de presse écrite digne de ce nom, un site d'informations tout numérique, une radio décentralisée, une télévision de service public doivent avoir une ligne éditoriale, au nom de laquelle ils font et assument les choix de l'information qu'ils traitent dans un cadre, une épure définis. Editeur et équipe rédactionnelle en débat, ouverts à la société qui les entoure, à ces réussites, ces échecs, ces inégalités, Et, faut-il le rappeler avec, en arrière plan, la contrainte économique dont les responsables ne peuvent s'abstraire...car cette vérité-là est plus que jamais redoutable dans un monde où la gratuité de l'information est presque devenue la norme.

Notre consoeur Anne-Sophie Novel, qui sait justement ce que l'économie veut dire, jette dans un documentaire récent « Les médias, le monde et moi » un regard qui mérite notre attention et, pour tout dire, que nous partageons pleinement. Elle s'en est expliquée, en commentant le baromètre annuel de La Croix : « L’information est de plus en plus perçue comme anxiogène : c’est un mouvement de fond, mondialisé. La posture du journaliste doit évoluer. Il ne doit pas juste montrer ce qui ne va pas, mais changer de rôle en posant des questions. Il faut aider les gens à comprendre et à agir. Il est important aussi de remettre de l’humain, d’arrêter de souffler sur les braises, d’apaiser la société, de prendre du temps et du recul dans les enquêtes et reportages..... Et encore : « il faut aussi s’interroger sur ce flux d’information dont on est saisi : il y en a trop et nos cerveaux ne sont pas conçus pour cela. Il y a une prise de conscience des méfaits des écrans pour les plus petits, mais pas de la souffrance qu’engendre la façon de s’informer. Il y a ceux qui ne veulent manquer aucune info : ils en consomment trop et souffrent d’« infobésité » ou de mal-information. Il y a ceux qui ne s’informent plus et s’isolent, ce flux étant devenu difficile à gérer. Et il y a surtout ceux qui ne savent plus qui croire, ni où se situer entre réalité, perception de la réalité, vérité et croyance. Et là, c’est la crise de foi". On ne peut mieux dire et ce n'est pas parce que l'info en continu entretient ce lien pervers du citoyen avec le sens, pour ne pas dire la vérité, jouant au maximum de l'émotion, qu'il ne faut pas se battre, en effet, pour défendre une autre vision de ce qu'est une information et de la façon, avec des sources, un travail de recherche et de documentation,  on va lui donner sa dimension la plus noble. Celle qui fait société et qui ne craint pas de revendiquer une part d'éducation. Et voici que nous rejoignons l'impératif scolaire. Vaste sujet. Nous y reviendrons.

1.La radio, traditionnellement jugée comme le moyen d’information le plus fiable, sort à peine la tête de l’eau (avec 50 % de niveau de confiance, – 6 points sur un an), devant la presse écrite (à 44 %, – 8 points), la télévision (à 38 %, – 10 points), et Internet (à 25 %, comme en 2018).

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 27/01/2019