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Société | Ouverture de Poppy pour accompagner les personnes en situation de prostitution

Naïma Charaï, coordinatrice de Poppy et Véronique Latour, directrice générale chez Poppy.

L’association La Case a inauguré Poppy, le jeudi 14 février, au 12 rue de la Tour de Gassies à Bordeaux. Ce dispositif intervient auprès de toute personne en situation de prostitution dans la métropole bordelaise. Le but est d'aller à leur rencontre pour les informer et les accueillir afin de leur permettre un accès aux droits fondamentaux et aux soins. Véronique Latour, directrice générale et Naïma Charaï, coordinatrice du dispositif l'ont présenté lors de l'inauguration.

600. « Tel est le nombre de personnes prostituées dans la métropole bordelaise aujourd'hui selon des chiffres officiels. Cependant, nous pensons que cette statistique ne tient pas compte de la réalité, puisque la prostitution ne se situe pas seulement dans les rues mais également sur Internet ou dans des appartements par exemple », précise Véronique Latour, directrice générale de Poppy.
C'est pourquoi l'association La Case (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues) domiciliée au 36-38 rue Saint-James à Bordeaux, a lancé le dispositif Poppy en janvier 2018 dans ses propres locaux avant d’ouvrir ce nouveau local rue de la Tour de Gassies. Poppy est un lieu « d'accueil et d'accompagnement de toutes personnes en situation de prostitution, dans l’accès à leurs droits fondamentaux ainsi qu’à la réduction des risques et des dommages liés à la pratique prostitutionnelle », insiste Naïma Charaï, coordinatrice du dispositif. Le choix du mot anglais Poppy (coquelicot en français) se veut être « un clin d’oeil à la fonction de l’association La Case qui, depuis 1984, prend en charge les usagers de drogues », souligne Véronique Latour.

Une équipe pluridisciplinaire Au total, l’équipe de Poppy se compose d’une dizaine de professionnels de la santé et du droit, salariés et bénévoles, de l'assistante sociale à l'éducateur spécialisé, en passant par l'infirmière ou encore le médecin généraliste spécialiste en gynécologie, ... Plus de 50 partenariats sont également en cours, qu’il s’agisse de l’association ALIFS (Association du Lien Interculturel Familial et Social) qui détache un juriste une fois par semaine ou de l’équipe mobile de psychiatrie précarité de l’hôpital Charles Perrens (EMPP) qui met à disposition un médecin psychiatre.

« 2 345 contacts avec 484 personnes différentes » Depuis janvier 2018, le dispositif Poppy a déjà permis d’établir « 2 345 contacts avec 484 personnes différentes », fait savoir Naïma Charaï. Les permanences fixes de l’équipe sanitaire et sociale ont débuté en mars 2018 et se tiennent tous les jours ouvrés, du lundi au vendredi de 14h à 17h. Aussi, le service psychiatrique est actif le mercredi après-midi, le service juriste, le jeudi après-midi, et le médecin est consultable le jeudi et le vendredi. Cela se fait « sans rendez-vous, de manière anonyme, gratuite et confidentielle puisque nous sommes tous tenus par le secret professionnel », appuie Véronique Latour. 

Pour Naïma Charaï « il est primordial de maintenir un espace dédié, spécifique à la prostitution, surtout depuis la fermeture d’Ippo en 2018 (association bordelaise qui aidait les personnes en situation de prostitution, travailleurs du sexe, escort et masseurs). Les personnes que nous accueillons vivent dans la précarité et leur situation est souvent très compliquée ». Véronique Latour insiste : « c’est à nous de créer des conditions de relations favorables, dans le respect du parcours de la personne et de ce qu’elle souhaite faire. Les accompagnants techniques sont sollicités à la demande de la personne. Ils font des propositions, mais c’est à la personne d’en disposer ou non et de nous demander un soutien juridique, de prévention, médical, ou de nous poser des questions sur la migration, qui, du reste, est un phénomène qui traverse aussi les frontières. »

Poppy, un nouveau lieu d’accueil et d’accompagnement pour les personnes en situation de prostitution, ouvre ses portes à Bordeaux.

Plusieurs modalités d’intervention Poppy intervient à différents niveaux. Le local proprement dit, qui est fixe, permet d’accueillir le public dans de bonnes conditions. Plusieurs services y sont proposés : entretiens, démarches administratives, prévention autour de la santé sexuelle et reproductive, accompagnement social, soutien psychologique, juridique, dépistages, ou bien encore démonstrations pour le port du préservatif masculin. Aussi, une antenne mobile circule depuis janvier 2018, à Bordeaux, Bègles et la Métropole pour être au plus près du public concerné. Sachant qu’il existe une prostitution de jour et une de nuit, deux tournées hebdomadaires ont été mises en place, le mercredi après-midi et le jeudi soir de 19h30 à 23h. Idéalement, « nous souhaiterions en faire deux en soirée et une en journée. Il faut être adaptable, à l’écoute et réactif. » En 2018, l'association a effectué 66 tournées. « Les lieux de prostitution évoluent en fonction de l’actualité. Pour ce qui est des tournées du soir, notre zone d’intervention est nettement plus vaste. La proportion la plus élevée reste tout de même dans la partie méridionale de l’agglomération Bordeaux-Bègles, Bordeaux-Lac, tous les boulevards ou bien encore la RN10 ». Néanmoins, l’association Poppy a commencé à travailler hors-les-murs de la métropole, sur des communes périphériques, comme par exemple Cestas. Cette prostitution est majoritairement féminine :  90% de femmes, 8% d’hommes et 2% de trans identitaire. Traditionnellement parlant, il y a plus de prostitution en fin de semaine qu’en début, et ce ne sont pas forcément les mêmes personnes, » ajoute Véronique Latour.

Nouveau type de prostitution Bien qu’il n’y ait pas de profil type des personnes qui se prostituent, un changement notable est cependant perceptible. « Une nouvelle catégorie de personnes, des travailleuses pauvres ou des femmes seules qui ont une activité professionnelle en journée, cherche à se prostituer », fait part Naïma Charaï. Autre phénomène notable : la prostitution via Internet. Il est, en effet, désormais question d’une action préventive 2.0 - Indoor de la part de Poppy qui tente d’entrer en contact avec des personnes qui se prostituent sur Internet via des petites annonces et réseaux spécialisés. 40 « tournées » virtuelles ont été organisées sur Internet. Le mot tournée est utilisé car cela correspond à des plages horaires spécifiques, comme des permanences. Ainsi, 570 personnes ont, à ce jour, été recensées sur Internet depuis juin 2018 : 55% de femmes, 45% d’hommes et de trans identitaire. La répartition femmes/hommes est donc bien différente de ce qui est constaté dans la rue.
Pour cette nouvelle forme de prostitution, « nous repérons certaines personnes et nous leur envoyons un message de prévention. Bien que le retour ne soit que de 10%, ce chiffre est important puisqu’il représente environ 40 personnes. Internet et les réseaux sociaux sont d’énormes lieux virtuels de prostitution. Et entrer en contact avec ces personnes nous semble plus que pertinent », informe Naima Charaï. Ces maraudes sur Internet permettent d’aller vers les différents publics, et notamment les étudiantes et étudiants qui se livrent à la prostitution pour raisons financières. Sachant que cette jeune génération d’internautes est très présente sur les réseaux sociaux, le travail de l’association prend tout son sens puisque ces personnes ne se prostituent pas dans la rue. Mais le public concerné commence à progressivement investir cet espace, souvent par le bouche-à-oreille.

Informations pratiques :
Le dispositif Poppy : 12 rue de la Tour de Gassies à Bordeaux. Ouvert du lundi au vendredi de 14h à 17h. 05 56 92 51 89. Naïma Charaï, coordinatrice de Poppy – naima.charai@lacase.eu et Véronique Latour, directrice générale – veronique.latour@lacase.eu
L’association la Case : 36-38 rue Saint-James à Bordeaux. Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 12h30 et de 14h à 17h. 05 56 92 51 89

Alizé Sibella
Alizé Sibella

Crédit Photo : Alizé Sibella

Publié sur aqui.fr le 19/02/2019