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Politique | Oral de passation pour Alain Juppé

Alain Juppé

L'annonce a été confirmée mercredi après-midi, sans vraiment de signe avant-coureur. Le départ d'Alain Juppé de son mandat de maire de Bordeaux et de Président de Bordeaux Métropole ont suscité de nombreuses réactions depuis. Le principal intéressé, lui, a organisé une conférence de presse ce jeudi matin pour justifier un choix auquel, visiblement, il ne s'attendait pas vraiment. Voici les éléments principaux de son discours, à la veille de sa nouvelle prise de fonction en mars prochain, 24 ans après son arrivée au Conseil municipal.

L'annonce a surpris beaucoup de monde, y compris dans ses rangs, et c'est non sans une certaine émotion qu'Alain Juppé s'est exprimé plus longuement ce jeudi sur l'annonce de son départ de la mairie de Bordeaux suite à sa nomination par le président de l'Assemblée Nationale, Richard Ferrand, au Conseil constitutionnel. La page entamée en 1995 était visiblement difficile à tourner, comme l'a été celle de la dernière présidentielle qui avaient vu le maire de Bordeaux entamer peu à peu un retrait de la vie politique nationale (y compris lorsqu'il a annoncé ne plus être encarté chez Les Républicains. De nombreux élus étaient présents (dont beaucoup avaient déjà à coeur de resserer les rangs au travers du collectif "Esprit Bordeaux" lancé en juin dernier) à l'Hôtel de Ville pour ce qui ressemblait étrangement, entre deux flottements, à une cérémonie officielle de "passation de pouvoir". 

"Depuis plusieurs semaines, j’ai pris en moi-même la décision de ne pas me représenter en mars 2020 à l’élection municipale. J’avais prévu d’annoncer cette décision après la fin des élections européennes à la fin du mois de mai prochain. Deux raisons ont conduit à cette décision : d’abord l’idée de ne pas faire le mandat de trop", a ainsi débuté le maire de Bordeaux dans un discours qui a duré une dizaine de minutes dans lequel il a notamment avoué avoir pris sa décision en 24 heures. "Je suis fier du travail que j’ai accompli pour notre ville depuis près de 25 ans. Je suis heureux de l’attachement réciproque qui me lie aux bordelaises et aux bordelais. Bien sûr, il y a encore tant de choses à faire et j’avais tant de projets en tête. Mais je sens aussi le besoin de renouvellement qui monte ici et là. Le temps est venu pour de nouveaux visages et de nouvelles équipes. J’ai aussi une raison plus personnelle. La vie politique, c’est, comme toujours, un combat. J’ai aimé mener ce combat et je l’ai fait pendant plus de quarante ans avec des bonheurs divers mais toujours avec passion. Aujourd’hui, l’envie me quitte tant le contexte change. L’esprit public est devenu délétère", a dénoncé l'ancien Premier ministre, évoquant pêle-mèle "la montée de la violence sous toutes ses formes, le discrédit des hommes et des femmes politiques réputés tous pourris, la stigmatisation des élites dont tout pays a pourtant besoin pourvu qu’elles ne se reproduisent pas par cooptation mais qu’elles soient ouvertes à la société toute entière. Dans ce climat général infecté par les mensonges de haine que véhiculent les réseaux sociaux, l’esprit et la vie publique sont difficiles à vivre et lourds à porter. Je souhaite continuer à servir notre pays et notre République dans un environnement de travail plus serein. Le Conseil constitutionnel m’en donne la chance".

"Avec Bordeaux et son peuple, nous sommes en quelque sorte un vieux couple", a poursuivi Alain Juppé, les larmes aux yeux, avant d'affirmer qu'il y garderait résidence et y reviendrait régulièrement. La question qui était sur toutes les lèvres ce jeudi était bien entendu celle de sa succession, à la ville comme à la métropole dont il était aussi le Président, au moment de sa nouvelle prise de fonction qui devrait intervenir au début du mois de mars prochain. Poussé plusieurs fois à s'exprimer sur le sujet, le maire de Bordeaux laisse, pour l'heure, un flou relatif. "Je ne jouerai pas à la statue du commandeur, place maintenant à la relève. Nous ne sommes pas en monarchie et il ne me revient donc pas de désigner un dauphin. Je réunirai cette semaine la majorité municipale et métropolitaine et c’est collectivement que nous choisirons celui ou celle qui se présentera à ma suite au suffrage universel municipal et au conseil de métropole. J’ai pleine confiance dans le sens des responsabilité de mes équipiers". Quelques noms ont bien sûr été évoqués ici et là, dont son délégué au budget à la mairie, Nicolas Florian. Le nom du Premier Ministre Edouard Philippe est également ressorti des rangs. Ses visites sucessives à celui qu'il considère comme son "mentor" (dont la dernière en date, marquée par le contexte social national), laissent planer le doute. Interrogé, Alain Juppé a botté en touche mais sans vraiment exprimer un refus catégorique. Le principal intéressé, interrogé lors de l'émission La Grande Explication organisée par LCI et RTL, a précisé qu'il "savait très bien" ce qu'il ferait après Matignon "et ça n’aura pas grand-chose à faire avec la politique et ça m'ira très bien". Les réactions suite à cette nomination ont évidemment été nombreuses  et de tous bords. Tous ont souligné l'ouverture d'une "nouvelle page". Reste à savoir qui va prendre la plume pour la remplir.

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 14/02/2019